Comme je suis quelqu’un d’ouvertement généreux, j’ai un système de carte de fidélité. Enfin pas moi personnellement (je refuse d’être tamponné), mais la librairie.
C’est une pratique vieille comme le monde qui a pour but d’appâter le chaland en lui promettant monts et merveilles s’il revient régulièrement, monts sous forme de remise et merveilles sous ma forme à moi. J’ai évidemment tout un discours de près pour les éventuels nouveaux clients (une quarantaine par mois) durant lequel j’établis un contact visuel afin de m’assurer qu’ils (les yeux) sont remplis d’anticipation et d’étoiles filantes prêtes à exploser dans un déluge de feux d’artifices.
- Et surtout elle donne droit à des réductions, tous les dix achats vous avez 5% sur l’ensemble cumulé de vos achats précédents.
Et hop, l’affaire est dans le sac, les clients sont convaincus, ils vous donnent le bon dieu et leur adresse sans confession, se frottent déjà les mains à l’idée du bon d’achat providentiel et mettent la boutique dans leurs favoris sur leur Iphone et Gps afin d’y être conduits automatiquement et de se sentir comme Michael Knight.
Ça peut paraître rigide comme système, mais en vrai je suis la souplesse même et il m’arrive fréquemment de changer le compteur en fonction de ce qui peut éventuellement arranger le client (s’il lui manque quelques euros pour un livre tant convoité, notamment et qu’il en est à 8 ou 9 achats). Bref, un vrai mec sympa quoi.
Et ça paie, on m’aime, on revient, j’ai un taux de remise sur cartes assez important (autour de 3,6%), ce qui représente quand même pas mal d’argent au final mais bon hein, Dieu a inventé Jack Lang qui a lui-même inventé la loi, autant s’en servir et accorder ces 5%.
Sauf que de temps en temps, on m’apporte des cahiers de doléances remplis dans les marges, il y en a toujours pour râler, pour trouver que la carte de fidélité se remplit pas assez vite, que c’est pas juste, que dans ce cas autant acheter dix livres en dix fois en dix minutes que pff c’est l’arnaque, à la Fnac au moins c’est 5% automatiques (‘non, c’est uniquement si vous payez pour avoir la carte Fnac’ ‘oui ben même’) et blablablabla grumpl.
Il m’arrive d’être parfois légèrement irrité, mais s’il est bien une chose qui m’agace pour de vrai de vrai, c’est quand on critique ma super carte de fidélité. C’est un peu comme ceux qui me demandent si je fais la remise spéciale enseignants, comme s’ils avaient droit à des réductions automatiques comme avec la cantine. Les seules fois où je fais les 5% automatiques, c’est s’il manque quelques centimes à un ptit jeune pour son manga (évidemment avant ça je lui fais tout un sermon sur la valeur de l’argent, que la prochaine fois faudra qu’il économise un peu plus, que je vais pas toujours être là pour le rattraper par les bretelles) et si un client me passe une commande particulièrement élevée (si vous voulez dépenser 800€ chez moi, n’hésitez-pas, je ferai un geste commercial, promis, je vous donnerai même des marques pages). Et Samedi il y a eu une cliente qui m’expliquait très sérieusement que mathématiquement ça tenait pas debout cette histoire.
- Comment ça ?
- Eh bien si j’attends dix fois, c’est mathématiquement différent de si vous faisiez une remise tous les dix livres
- Ben heu non, mathématiquement c’est exactement pareil, sauf que vous aurez une plus grande remise au final, et comme ça tout le monde est mis sur un pied d’égalité. C’est une carte de fidélité, pas une carte Gold ou Infinite qui dépend de l’argent qu’on dépense.
- Si si je vous assure que vous avez tort, rétorque-t-elle, n’en démordant pas
- Après, je vous accorde que ‘tous les dix achats’ ça peut porter à confusion, simple question de sémantique.
- Oui voilà, c’est ce que je disais.
Va pour la sémantique. J’ai jamais été très doué pour le Français. Et encore moins pour les maths. De toute façon, quelque chose me dit que sa carte à elle va pas se remplir de sitôt.
Petit tour d’horizon de mes quelques lectures de ces derniers temps :
Le meunier hurlant (Paasillinna) : j’étais assez curieux et ma foi j’ai pas été déçu, même si ça reste anecdotique par rapport à ce que j’aime lire moi
Légende (Gemmel) : j’ai largement préféré Le lion de Macédoine, là c’est un peu trop banalisé dans des clous et pas super bien écrit mais bon, lecture agréable tout de même, il sait raconter une histoire le ptit père
Everything is illuminated (Foer) : j’avais déjà énormément aimé Extrêmement fort et incroyablement près, mais là c’est une dimension encore au dessus, il y a un travail sur la langue absolument hilarante et impressionnante, et une intensité dramatique qui prend les tripes. Je ne sais pas ce que vaut la traduction française, mais j’espère qu’ils se sont pas plantés.