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Présentation

  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
Jeudi 12 novembre 2009 4 12 /11 /2009 00:24

Hier, veille de jour férié, je me suis couché, j’ai mis mon réveil, avec la ferme intention de faire des beaux rêves (y’a pas de raison) et d’ouvrir la librairie le lendemain.

 

Ce matin, jour férié, je me suis réveillé, j’ai jeté un œil à mon réveil, je me suis demandé si c’était bien raisonnable, et je me suis recouché. C’est la première fois que ça m’arrive et, bien qu’un peu de culpabilité me ronge un poil, je dois reconnaître que c’est pas désagréable de s’accorder un peu de temps loin d’un dimanche et de ses clients. C’est peut-être à cause de toutes ces Bds que j’ai lues dernièrement sur la première guerre mondiale, mais je me suis senti poilu et solidaire, et hors de question d’aller au front (c’est là tout le paradoxe de ma solidarité). Oui, voilà, par respect je ne pouvais décemment pas aller travailler, après tout, les congés payés tout ça c’est aussi grâce à eux, et même si c’est pas le cas, on peut les leur attribuer rétroactivement, ils l’ont bien mérité.

 

Pour éviter de passer la journée chez moi à glander et tourner en rond en me répétant sans fin que je fais bien de ne pas ouvrir, que de toute façon y’aurait eu personne, qu’ils sont tous sur la tombe du soldat inconnu, que c’est pas comme si j’avais des piles de livres non rangés partout et mes commandes de Noël a fignoler, eh bien j’ai préféré aller glander dehors. C’est bien plus sain.

 

Allez, va pour une ballade en forêt, ça fait un moment que je ne l’ai pas fait, à moi la communion avec la nature, allons remercier ces arbres de se sacrifier pour ma bonne cause et de me permettre de vendre des livres qui valent à peine plus que le papier sur lequel ils sont imprimés, sans vouloir insulter les arbres susmentionnés. J’imagine déjà les prairies en fleur, les coquelicots qui m’accueillent, les champignons qui se dressent pour me saluer et bien entendu des animaux de partout, des oiseaux qui gazouilles, d’autres qui se pressent pour me préparer un banc duveteux sur lequel poser mes fesses duveteuses elles aussi, des sangliers et marcassins qui font la ronde autour de moi, qui sautillent sur leurs deux pattes arrières et qui ne penseraient pas un instant à charger (mais ça c’est parce qu’ils ignorent que j’ai mangé, un jour, du sanglier au BBQ. Et j’ai trouvé ça très bon. Mais chut, n’allons pas les effrayer, je garde ces histoires pour le sitting autour du feu de bois cette nuit). Une vraie scène à la Blanche-Neige, en fait. Mais la partie insouciante avec les nains joyeux, j’entends, pas la partie toute glauque avec les arbres agités et menaçants du début et le tueur de biche (je sais que ça part d’une bonne intention, mais quand même, mince quoi, pas une biche. Qu’il prenne un dindon à la place, ça n’éveille en moi aucune image romantique, un dindon. Un dodo, je dis pas, mais un dindon, non).

 

Je suis donc parti la fleur au fusil, si j’ose dire, le cœur rempli de la satisfaction du choix assumé, de l’oxygène bien mérité et du ciel bleu qui approuve des deux mains mon audace inattendue. Sauf que voilà, moi j’espérais me rouler dans les violettes et le muguet au son des battements d’ailes des papillons qui pour une fois n’étaient pas à l’autre bout du monde et avec un groupe de lapins angora qui taperaient en rythme sur le sol pour m’encourager (c’est vraiment adorable, un lapin angora, ils sont toujours les premiers à me soutenir), sauf que j’ai un peu oublié qu’on était à l’automne. Mais pas l’automne Nord Américain aux couleurs flamboyantes. Non. L’automne parisien aux fougères décolorées, aux feuilles mortes et ternes qui jonchent le sol et aux glands partout, des glands à ne plus savoir qu’en faire, des glands qui vous empêchent de vous rouler par terre, saloperies de glands. Et en plus, en parlant de glands, c’est fou le nombre de personnes qui ont eu la même idée que moi, pas étonnant que les animaux n’étaient pas là pour me faire la fête.

 

J’ai tout de même gambadé une petite heure car après tout c’est pas de sa faute à elle, à la forêt, si le temps passe, et je ne voulais pas la priver de ma compagnie alors que les glands, humains comme végétaux, lui pourrissent suffisamment la vie comme ça. Mais quitte à passer la journée dans un endroit en désolation avec des glands, j’ai préféré retourner à la boutique et bosser un peu. Et hiberner.

Par Le libraire en question
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Commentaires

Comme je ne vois personne qui ai fait un commentaire, je me lance, mais uniquement pour faire mon intéressante, tu penses bien. Pour te dire et à tes chers lecteurs, qu'il y a un article sur les librairies indépendantes dans le dernier Télérama qui s'appelle "J'ai même rencontré des libraires heureux". Le Télérama avec un hommage à Levi-Strauss et une interview sur Dominique A... Une bonne semaine quoi (je conseille aussi le "courrier des lecteurs", il y a quelques perles). Et donc, bonne fin de semaine à toi.

Commentaire n°1 posté par maud le 12/11/2009 à 18h24
ah ben forcément, je suis plus abonné depuis la semaine derniere, et c'est là que y'a un article pile pour moi (un jour je raconterai le pourquoi du comment que je suis plus abonné, c'est assez rigolo)

vais aller voir ca sur leur site
Réponse de Le libraire en question le 12/11/2009 à 20h18
Dans un élan de solidarité, ami libraire, je te fais présent de ce comm', comme on dit par chez-nous. Puisse-t-il modestement contribuer à éclairer ta soirée.

(Et la forêt c'est le pied, je l'ai toujours dit). 
Commentaire n°2 posté par Isabelle Bauthian le 12/11/2009 à 18h36
merci ma chère Isa, tu es belle comme une forêt (je peux pas affirmer haut et fort que tu es le pied, ce serait déplacé)
Réponse de Le libraire en question le 12/11/2009 à 20h18
T'as oublié les flaques de boue et les enfants qui cirent parce qu'ils tombent dedans. =) Bonne journée Cher Libraire!
Commentaire n°3 posté par La Parisienne le 12/11/2009 à 19h37
j'aime bien l'idee d'enfants qui cirent. Ca fait tres Dickens
Réponse de Le libraire en question le 12/11/2009 à 20h18
Je ne peux que m'élever devant ce flagrant manque de respect dû aux glands. C'est très bien, les glands. Si tu élèves un cochon dans ton arrière-boutique, tu n'auras pas à payer des sommes folles en nourriture pour cochons, si tu as des glands. Et si tu t'ennuies dans la forêt pleine de glands, ramasse des cupules de glands (les petits prépuces en écorce), et apprends à siffler en soufflant dedans, c'est très rigolo et c'est un talent de société qui pourra t'être utile le jour où tu feras une visite de forêt avec un préfet, par exemple.
Commentaire n°4 posté par Francis le 12/11/2009 à 21h52
ah?
faut que j'essaie. J'ai jamais eu envie de souffler dans des prepuces, ceci etant
Réponse de Le libraire en question le 12/11/2009 à 22h49
bin oui, tu m'as fait sursauter quand tu as parlé de violettes au mois de novembre.... parce que question fleurs en ce moment, faut se lever de bonne heure (ou rester couché tard et rêver...).
et pour les feuilles mortes ça sert tj, au compost par ex (t'as pas de compost dans ta mégabelle librairie ? ) ou pour pailler les rosiers (a, pas non plus de rosiers ?)
Ah si tu aimes les lapins angoras (ou pas), je te conseille fortement "Bunny suicides" des petits dessins à l'humour lapinesquement noir... mais affreusement hilarant.
je sais je suis cruelle...
nek
Commentaire n°5 posté par nekita le 12/11/2009 à 22h45
jour férié=pas de boulot, mais soit ennui, soit mega glandouille. perso, c etait le deuxieme choix, j assume XD
Commentaire n°6 posté par Laure le 13/11/2009 à 00h00
la glandouille est l'avenir de l'homme que je suis
Réponse de Le libraire en question le 13/11/2009 à 00h10
si en plus, glandouille rime avec bon bouquin, que rever de mieux?
Commentaire n°7 posté par Laure le 13/11/2009 à 00h13
J'en remets une ccouche. Pour les fans de liste et de umberto Eco deuxième : http://www.la-croix.com/Umberto-Eco---Il-est-faux-de-penser-qu-Internet-signerait-la/article/2401333/5548...
Sinon, j'avoue que j'aime beaucoup les tournures que prennent certaines discutions au détour d'un arbre... Ce blog est remplis de bon esprit, j'aime bien.
Commentaire n°8 posté par maud le 13/11/2009 à 13h00
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