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Présentation

  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
Jeudi 26 novembre 2009 4 26 /11 /2009 00:45

Dans le commerce, il est un principe assez élémentaire lorsqu’on souhaite vendre plus pour gagner plus : la vente additionnelle. Alors oui ok quand on vend des frigos ou des jacuzzis, c’est pas évident, mais en même temps la sensation est pas tout a fait la même entre le fait d’ouvrir et se plonger dans une Bd et le fait d’ouvrir et fermer un frigo ou plonger dans un jacuzzi (surtout quand il est pas très profond). C’est donc clairement un avantage en ma faveur, et si c’est fait discrètement sans que la loutre ait l’impression qu’on lui saute à la gorge sans même la faire cuire avant, ça passe tout seul (et la loutre crue, c’est vraiment dégueulasse, je recommande pas).

 

Alors y’a la vente pas très discrète :

-QUOI ????? t’as pas lu Machintruc ??? Mais c’est la Bd de l’année !

- Tu m’as déjà dit ça la semaine dernière à propos de machinchose et celle d’avant pour machinbidule

-Ouais mais pfiou ouais mais là trop bien vraiment fonce allez je la mets sur la pile (la Bd hein)

 

Celle là je la préconise pas des masses, le métier de libraire requiert de la finesse et de la psychologie. Il faut savoir déterminer quand la pile est déjà trop haute, quand le budget est dépassé, et si le client est encore demandeur ou si au contraire il se demande ce qu’il fait ici et que décidément il a pas bien fait de passer par le parc. A mon très humble avis, la raison pour laquelle les clients me jettent des fleurs sans épines sur mon passage tout en mettant en place des banderoles à mon effigie (je suis très bandeau-génique), c’est parce que je suis pas très doué pour l’achat forcé, que j’ai tendance à préférer conseiller une bonne Bd que trois moyennes, et tant pis si mon taux de retours en pâtit (et aussi parce que je suis très modeste).

 

Il y a aussi la vente super pas discrète :

- Allez, tu me prends tous les Ric Hochet, tu vas voir, c’est génial, tu discutes pas, j’en ai justement une série complète dans les bacs (d’ailleurs j’ai que ça, du coup), allez zou, 800€ s’il te plaît, tu paies comment ?

 

Et puis il y a moi, discretos, comme un pissenlit qui pousse au fond du jardin sans rien déranger et on dirait pas comme ça mais il est super beau (et jaune) :

-Ouais nan achète pas le Asterix, il est tout nul. Par contre je te conseille le Zep, il est tout bien.

Et hop, j’épargne mon client et je lui évite d’acheter une Bd 9.20€ qu’il n’arrivera pas à terminer, et en échange il en prend une à 14.95€ (ça c’est du prix psychologique) qu’il fera lire à sa femme et qui relancera leur couple de manière fulgurante et avec des feux d’artifice dedans (ou dehors, chacun son truc).

 

Mais sinon je mise surtout sur le fait que les gens se servent et fassent leurs propres ventes complémentaires, avec moi qui glande derrière le comptoir. Comptoir évidemment bourré de piles de livres spécial achat impulsif de dernier moment, ‘ah vous connaissez pas La nostalgie de Dieu et Mon gras et moi ? ouais c’est pas mal, mais je vous conseille plutôt le dernier Asterix.

 

 

(oui je sais, la chute est un peu nulle, l’ensemble de la note un peu bancale, mais j’ai des circonstances atténuantes, et je dédie d’ailleurs cette note à cette circonstance atténuante qui restera anonyme et dans mon petit cœur qui bat)

Par Le libraire en question
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