On peut pas franchement dire que je sois un as du marketing. J’en ai vaguement fait à la fac (oui parfaitement, je suis allé à la fac), mais il s’agissait plus de réunions entre glandeurs autour d’une table unissant leurs cerveaux embrumés pour décider si oui ou non c’est une bonne idée pour Good Year de faire des pneus roses que de vraies études de marché qui nous ouvriraient les portes d’un quelconque marchand de pneus lors de nos futures vies d’hommes encravatés (j’avais juste envie d’écrire « pneus ». J’ai remarqué que je le faisais jamais).
Tout ce que j’ai à faire marketingement parlant, ce sont des vitrines thématiques pour attirer l’œil et l’attention du passant bombardé d’images tout le long de son chemin (une thématique bikini est parfaite pour les plus récalcitrants, mais ça marche pas sur l’ensemble de la population, qui n’est pas encore prête pour mes innovations époustouflantes). Je fais aussi des mises en avant, j’écris des petits mots, j’évite de coller les ouvrages pornographiques à côté de Toto l’ornithorynque, je fais des piles et heu voilà, ça s’arrête à peu près là. On peut pas dire qu’il s’agisse d’une activité cérébrale très intense et que ça me donne droit à une plaque sur mon bureau où j’inscrirais ‘Le Libraire, Directeur Marketing’. C’est dommage d’ailleurs. Ce qui est encore plus dommage, c’est que je n’ai aucune idée de comment ça s’appelle ce machin qu’on pose sur le bureau avec son nom et son rang. Du coup vous devez pas bien visualiser, et l’effet est raté. Tant pis.
Ceci étant, j’ai beau être une chèvre (mais une chèvre vraiment chouette, du genre qui sent pas mauvais et qui va chercher le courrier), ça ne m’empêche pas d’être circonspect quand je vois certaines techniques utilisées par les éditeurs Bds.
Il y a évidemment les primes, mais ça j’en ai déjà parlé. D’ailleurs, la Fabrique Delcourt et l’album spécial 20 ans de Soleil sont sortis, n’hésitez pas à venir me les demander, histoire que je me trimballe pas ça en réserve trop longtemps. Surtout qu’il faut faire de la place, Soleil nous préparent des coffrets spécial 20 ans avec tomes 1 plus figurines. Ça va être génial. Ils avaient déjà fait un album pour leurs 18 ans, et du coup vivement l’année prochaine, qu’ils nous fassent une spéciale majorité Américaine.
Les éditeurs font appel aux coffrets, avec ou sans cale, pour appâter le collectionneur et les amateurs de beaux objets. Enfin beaux…je vais montrer personne du doigt (will the real Humanos please stand up), mais parfois on se demande si ‘beau’ faisait partie du cahier des charges. Coffrets qui ont parfois toutes les peines du monde à accueillir les albums en question tellement ils ont été créés au millimètre près (là je pense à Delcourt, et je vais même pas l’écrire en anglais pour que tout le monde comprenne bien).
Le nouvel objet à la mode semble être le fourreau. Bon, pourquoi pas. Sauf qu’ils (Dargaud/Dupuis) ont l’air persuadés qu’il suffit d’un fourreau pour relancer l’intérêt d’une série et que tout le monde se rue dessus pour que ça fasse un joli dessin dans la bibliothèque une fois mis côte à côte. Ils font un peu comme les éditions Atlas : le premier numéro double pas cher, et après ça revient au même de les acheter séparément.. Ils l’ont fait avec XIII, ça avait plutôt bien marché, puis avec IRS et Largo et y’a des chances que toutes leurs séries y aient droit, vu que ce sont les rois du relançage de série coûte que coûte. D’ailleurs j’écris cette chronique car tout à l’heure j’ai reçu l’édition spéciale de Djinn tome 1.
Alors y’a deux ans, ils ont fait ce tome à 7€ au lieu de 10€, avec un joli sticker édition spéciale dessus, pour qu’on comprenne bien qu’ils nous font une fleur sur ce coup là. L’année dernière, ils sortent ce tome 1 accompagné d’un carnet de croquis, pour 10€ (de mémoire), accompagné d’un joli sticker pour qu’on sache une bonne fois pour toutes que là c’est une affaire à ne pas rater, que c’est le moment de débuter la collection, faut savoir saisir les occasions en plein vol. Et donc là, pour fêter la sortie du tome 9, ils nous font le tome 1, une semaine avant, pour 5.99€. C’est bien vu. S’ils le font à 6.99€, ça se rapproche un peu trop des 7€ de la dernière fois et le département marketing montre qu’il est à court d’idées, et ça ils peuvent pas se le permettre, c’est un peu trop leur fond de commerce. Ils ont donc ressorti la bonne vieille idée du prix psychologique, ont baissé d’1€ (pardon, d’un euro et un centime), et hop, sur les étales, ils vont voir ce qu’ils vont voir.
Et dans le même temps, je reçois du Seuls tome 1 à 5€. Qui visiblement est un meilleur prix psychologique que 4.99€. J’y comprends plus rien.
Et puis ensuite, nous avons le cas Clair de Lune, et dont j’imagine que le directeur (je préfère me dire qu’il s’agit d’un homme) de collection est un département marketing à lui tout seul. Il nous a gratifiés d’un superbe bandeau rose (mais genre vraiment super rose) sur le dernier (j’espère) tome de Dom Zucker, avec imprimé un peu n’importe comment, mal centré, un texte dont j’ai oublié la teneur exacte, mais qui commençait par ‘Il est pire que le Dr House !’ et qui enchaîne sur ‘Il encule les nonnes’ etc etc. Ce que ne ferait jamais le Dr House. C’est ça d’engager des incompétents, ils écrivent n’importe quoi. J’en sais quelque chose.
(c’est un sujet plutôt inépuisable, j’y reviendrai de temps en temps. Ne serait-ce que pour parler des packs avec tome 1 et tome 7, des packs manga + dvd, des versions avec Ex Libris vendues deux fois plus chères, des versions avec couvertures alternatives et, le top du top, les vraies fausses bonnes idées. Notamment celle de tiens, si on faisait des pages jaunes dans le manga Banana Fish, rapport à la banane (ou au totem, l’huître), pour être bien certains de complètement rendre invendable une autrement trop chouette série ?)