Parlons peu parlons bien parlons cul.
Pas gratuitement hein, c’est pas le genre de la maison.
Disons que certaines occurrences ne trompent pas, et ont de toute évidence mis cette journée sous le signe du printemps, voire de la lubricité à peine contenue. Commençons par le beau temps qui force les gens à se limiter à de petites tenues. Enfin surtout les filles. Les mecs je sais pas, j’essaie de pas trop m’y intéresser, j’ai pas le temps. Pas que je sois du genre à regarder lourdement les demoiselles qui se baladent d’un pas léger, non, du tout, je suis très furtif et discret et puis j’ai pas été éduqué comme ça, je sais me tenir, mode ninja (mais pas ninja avec des habits noirs, c’est un peu débile en plein printemps qui chante et qui fait chaud. Suis plutôt du genre ninja avec pantalon flanelle et panama sur la tête. Un ninja qui fleure bon la classe, pour résumer, mais de cette classe un peu subtile que je me trimballe quotidiennement, cette classe teintée d’un soupçon de n’importe quoi).
En fait ce qui m’a forcé malgré moi à couper court à la conversation passionnante que j’entretenais avec un client au sujet des réparations qu’il aura à faire sur sa voiture, fut le passage (trop) furtif d’une jeune femme au sommet de son art et de ses talons et qui s’est dit qu’aujourd’hui était un bon jour pour se balader au centre ville en bikini. La surprise passée, je m’attendais à voir autour d’elle une horde de comparses hilares la prenant en photo et criant ‘j’y crois pas elle l’a fait, j’y crois trop pas, venez voir les filles, comment j’y crois pas, elle l’a fait, c’est trop golri’, qui indiquerait qu’il s’agit de toute évidence d’un enterrement de vie de jeune fille. Mais non, même pas. Elle passait par là, tel un ange sexué (aux seins fermes), bravant les conventions sociales et les rayons du soleil. C’était soit un ange, soit une allumeuse complètement cinglée, je ne sais pas, je n’ai pas eu le temps de mener l’enquête, j’avais un vilebrequin sur le feu. Et j’ai eu beau prier le Dieu des Libraires, elle n’a pas franchi la porte de la librairie, il faut croire que la PLV Sœur Marie-thérèse des Batignolles, qui trône fièrement devant la vitrine ne l’inspirait pas des masses. Tant pis pour elle (je priais qu’elle veuille rentrer uniquement pour que j’en sache plus, évidemment. Je suis du genre à m’intéresser aux humains qui m’entourent et me fascinent, je ne comptais pas du tout mater en bavant, merci bien, j’ai dépassé ce stade, je porte un panama, je vous le rappelle).
Sur ce entre une collégienne accompagnée de son père. Enfin j’en ai déduis que c’est son père, puisqu’elle a dit ‘papa tu m’achètes mon manga, dis ?’ et qu’il s’est reconnu dans la question. Quand je vous disais que je m’intéressais aux gens qui m’entourent, c’était pas de la blague, je suis un observateur aguerri.
Il paie son manga, et son regard s’arrête, de manière totalement aléatoire, sur la couverture de Succubes. Je vais être sympa et chouette et vous épargner une recherche fastidieuse : je mets les visuels en bas de la note. L’expérience web totale.
‘Je vais prendre ça aussi’ (c’est ce qu’en anglais on appelle du ‘wishful thinking’)
‘Très bien, ça vous fait 12.90€ s’il vous plaît’. De toute façon j’ai pas grand-chose à ajouter, c’est une Bd qui est ni bonne ni mauvaise, la couverture explicite bien le contenu, il sera pas déçu. Je suis simplement surpris dans la mesure où je le vois régulièrement et que c’est la première fois qu’il achète une Bd, mais bon hein il faut une première fois à tout, et autant commencer avec des gros seins.
Et soudain son même regard toujours affûté s’arrête sur la couverture de Box t 3. Sans même l’ouvrir il me demande si j’ai les deux autres tomes. Par hasard.
‘Heu oui bien sûr, tenez ils sont là’
‘Très bien je prends ça aussi’
Voilà un homme qui sait se faire plaisir de manière impulsive.
Je crois que je vais engager la fille au bikini pour qu’elle croise mes clients dans la rue régulièrement. Et rapprocher et renflouer mon rayon érotique, tant que j’y suis…
