J’ai vaincu.
Oh ce ne fut pas une mince affaire, certains livres ont souffert, d’autres se sont sacrifiés d’eux-mêmes et quelques uns se savent sursitaires (les pauvres, ils se doutent bien que quand je leur dis ‘bah qu’est ce que tu fous là toi ?’, c’est rarement bon signe, mais ils rejoignent leur bac et s’imaginent que je disais ça pour leur faire peur et pour la gaudriole, qu’en vrai ils ne seraient pas dans les prochains retours en partance pour les entrepôts froids, loin de la chaleur humaine de ma présence nécessaire).
Evidemment, maintenant c’est le bordel, et j’ai même pas encore attaqué mes piles de retour (j’ai un stock trop important, en fait). La vie de libraire reprend son cours après la trêve de Noël et les premières nouveautés sont déjà en attente dans les cartons (ne cessera-ce donc jamais ?).
Mais bon hein, une de mes résolutions de début d’année est, outre le fait de ne jamais m’abaisser à faire une liste de résolutions, d’être un peu moins bougon, d’embrasser la vie et les papillons, de faire un grand ménage, d’être gentil avec tout le monde (ça c’est facile, c’est naturel, je suis charmant de nature, c’est très déstabilisant y compris pour moi) et de solder ce stock mort de dvd à la con (et d’être moins vulgaire).
Je commencerais bien dès aujourd’hui, sauf que je suis fermé, au grand désarroi des clients psychologiquement instables après 2 semaines de fêtes à qui je fauche l’herbe du bonheur sous le pied en leur annonçant qu’il faudra attendre demain.
‘Suis fermé pour inventaire, désolé’ répété-je machinalement toute la journée sans lever les yeux de l’ordinateur (il faut que je bip il faut que je bip il faut que je bip) à tous ceux qui préfèrent tenter d’ouvrir la porte plutôt que de faire confiance à l’écriteau « FERMÉ POUR INVENTAIRE MARDI 6 JANVIER ».
Les réactions allaient de
‘Vazy on s’est fait carotte’
( ?)
à
‘non mais juste une Bd, c’est important, c’est pour un anniversaire, s’il vous plaît monsieur’ (le coup du ‘monsieur’ ne marche jamais avec moi, surtout quand j’ai des codes barre à scanner et une moyenne à tenir et que je me demande si un lapin peut battre un renard à la course (quand on est seul face à son écran et au calme de la musique douce qui envahit la boutique vide, on pense à des trucs un peu bizarres))
en passant par
‘Non mais vous pouvez juste me dire si le nouveau One piece sort bien demain ?’
‘heu (bip) oui (bip)
‘et vous serez ouverts hein, c’est sûr ?’
Regard qui en dit long, suivi de plus de bips encore.
Mes résolutions auront tenu deux paragraphes, c’est déjà pas mal.