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  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
Mardi 30 décembre 2008

Noël c’est la saison du partage et de l’amour, mais aussi des échanges et de l’ingratitude exacerbée.

 

Il y a trois formes d’échanges (pour l’ingratitude, il y en a trop, je vais pas rentrer dans les détails, mais disons que ça donne pas tous les jours envie de se reproduire, aussi agréable soit-ce à la base). La première due à des listes mal écrites (« j’ai mal lu, je croyais que c’était le tome 17 alors que c’était à partir du 17 non inclus ») ou des incompréhensions (« je ne voulais pas TOUT Largo Winch, je voulais TOUT SAUF Largo Winch »).

 

La seconde est inévitable.

Je conseille une série ou un album en fonction des quelques éléments à ma disposition (« y’a des posters de voitures dans sa chambre et il aime bien le prénom ‘Estelle’ »), et forcément, parfois, il l’a déjà (c’est dire si je l’avais bien cerné). J’ai  les larmes aux yeux d’ailleurs quand je pense à ces adolescents (et adultes) ingrats (mais pas pour les mêmes raisons), tout heureux avec leur paquet dans les mains, conscients qu’il est trop gros pour que ce soient des romans (ouf), sentant qu’il s’agit de bandes dessinées, et leur visage se décomposer en reconnaissant la couverture. Le cadeau est gâché, l’adolescent part en trombe dans sa chambre en beuglant que vous saisissez rien à rien, qu’il déteste Noël et que de toute façon le père noël n’existe pas et qu’il préfère passer sa journée à discuter sur Msn avec sa copine Lola qui le comprend, elle, plutôt que de manger de la dinde nourrie aux OMGs (ça maîtrise pas bien les sigles, à cet âge là).

 

La troisième est plus gênante et j’ose à peine l’évoquer tellement elle fait remonter en moi des sentiments insupportables, et je suis pas là pour déprimer, je veux seulement couler des jours heureux avec ma loutre et mes toucans. Parfois (rarement. Pratiquement jamais en fait. Ça tient même de la légende urbaine tellement les témoignages sont incohérents), donc, je me plante et la personne n’aime pas ce qui lui a été offert. Ce qui n’est pas normal. Car je fais très attention. Quand ça arrive (c'est-à-dire jamais, objection votre honneur, je plaide le 5ème amendement) c’est sûrement parce que la personne en question n’est pas normale, qu’elle a quelque chose qui cloche, et ça moi, si on me le dit pas, je peux pas le deviner et ajuster le tir. Mon tir doit être infaillible, ma réputation est en jeu.

Evidemment, dans ces cas-là je fais semblant de me repentir (toujours avoir des orties fraîches sous le comptoir), je m’excuse, je dis que c’est de ma faute et qu’on va trouver mieux.

 

‘Ne vous embêtez pas, il m’a fait une liste’

 

Des ingrats, c'est officiel

Par Le libraire en question
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