Où avez-vous atterri?

Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux.

Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça.

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Jeudi 3 décembre 2009 4 03 /12 /2009 00:10

A y’est, on est au mois de Décembre. Alors certes, il n’aura fallu que onze mois pour y arriver de nouveau, et cet éternel recommencement est un émerveillement annuel, mais ça n’enlève rien au fait que ça commence doucement, que c’est parti pour le marathon, que j’ai bien préparé mes tables et mes pochettes cadeau, ramenez-vous, je suis prêt à déchiffrer vos listes et à tenter de vous conseiller.

 

Le conseil est un thème récurrent dans ces lignes, pour la simple et bonne raison que ça fait pas mal partie de notre quotidien de libraire (enfin du mien tout du moins), et que c’est un peu plus rigolo de parler des conseils plutôt que de parler des coups de cutter dans les cartons et dans les doigts (me suis coupé d’ailleurs tout à l’heure, j’aime pas trop, ça pique et j’ai plus de mercurochrome).

 

Et du coup, le thème de la note du jour c’est : la thématique. Eh oui. Je ne sais plus du tout si j’en ai déjà parlé, et là présentement je suis pas super motivé à l’idée de relire tout mon blog juste pour être sûr qu’on ne me reprochera pas de me répéter et d’être incapable de me renouveler. Je préfère ne jamais me relire, ça vaut mieux. Je préfère laisser passer un peu de temps, tomber sur un de mes textes plus tard et me demander bigre, mais qui est-ce donc qui a écrit ce superbe texte et qui l’a laissé traîner sur mon ordinateur ? (je fais très bien le naïf ingénu). Bon allez, je me relirai peut-être le jour où je devrai choisir mes 100 meilleurs textes en vue d’une publication chez un grand nom de l’édition, mais si j’en crois mon téléphone et ma boîte mail qui ne vibrent pas, c’est pas pour tout de suite (je fais très bien Calimero).

 

Donc qu’entends-je par ‘thématique ‘ ? C’est une excellente question et je fais bien de la poser, ça va nous permettre d’atteindre poussivement le paragraphe suivant.

 

J’ai quelques fois, et surtout à la période de Noël, des demandes de conseils corporatistes ou en rapport avec les prénoms. L’autre jour par exemple quelqu’un me demande ce que j’ai comme Bd sur le vin pour un œnologue. La plus évidente, c’est un manga, et c’est Les gouttes de Dieu, aussi bancal soit-ce, c’est très précis dans le domaine et c’est du manga qui plaît aux non amateurs de mangas, donc chouette, allez, en deux minutes c’est plié cette histoire, un sourire, un encaissement, on appuie sur entrée pour valider tout ça et je peux retourner à mes piles de livres. Sauf que non, ça lui plaisait pas l’idée du manga, à la madame, elle avait peur que ça fasse trop gamin. Du coup elle a pris Happy Sex. Qui fait beaucoup moins gamin. Mais qui n’a rien à voir avec le vin. Les femmes, ça sait jamais ce que ça veut, jusqu’à ce que ça tombe sur des histoires de fesses.

 

On me demande rarement des cadeaux pour un petit Bone, ou un Calvin, ou un Ratafia. C’est dommage, ça me faciliterait la tâche, j’aurais moins d’explications à fournir sur le pourquoi du comment de la qualité de ces Bds. Surtout que, je vous le rappelle, je suis super nul pour raconter les histoires, et j’en suis régulièrement réduit à conclure mon argumentaire par ‘bref, faites moi confiance, c’est super bien’. Sauf qu’ils sont pas tous psychologiquement prêts à mettre leur bonheur et leur éducation entre mes mains, comme ça, aveuglément, même si j’ai l’air d’avoir vécu un paquet de temps au milieu des loutres immaculées et que ça c’est un des signes irréfutables de sagesse universelle.

 

Bref j’en étais où moi ?

 

Ah oui, je discutais avec un collègue libraire l’autre jour (coucou), qui me disait que c’est sûr que c’est rare qu’on nous demande un conseil pour un garçon qui est ninja ou pour une fille avec gros nénés et armure chasseuse de dragons. J’ai trouvé ça plutôt rigolo. Et j’ai décidé d’en écrire une note. Voilà Voilà. Comme quoi les idées les plus courtes sont pas toujours les meilleures, et comme quoi (bis) ne pas se relire a aussi du bon.

 

Allez, j’appuie sur entrée et je valide.

Par Le libraire en question
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Dimanche 29 novembre 2009 7 29 /11 /2009 22:51

- (Bonjour), vous fermez dans combien de temps ?

 

Je mets le bonjour entre parenthèses, car je suis pas bien sûr qu’il a eu lieu, mais je lui accorde le bénéfice du doute, je suis peut-être simplement fatigué, la journée fut rude, c’est étrange, il faut croire que les gens ont besoin de lire de la Bd en ce mois de Novembre qui s’éternise, histoire d’oublier que dans quelques jours il va bien falloir acheter un sac à sapin et tenter de défaire la guirlande électrique.

 

Je lui réponds que je ferme dans précisément 1h et 17 minutes, sauf activité prolongée indépendante de ma volonté (les derniers clients pénibles qui ne savent jamais que je ferme à 19h et non à 19h30 sont toujours les bienvenus le dernier jour du mois, surtout s’il manque quelques euros à mon objectif). Et sur ce je le laisse se débrouiller dans la boutique, visiblement il n’a pas besoin de moi, il farfouille un peu partout, tout dégingandé qu’il est, un peu gauche, non coiffé et s’habillant comme si sa mère lui avait tout organisé le matin sur son lit de la même manière depuis les années 70s (le pantalon en velours côtelé forcément un peu court, c’est primordial pour que les chaussettes blanches soient apparentes, sinon le cliché n’est que partiel).

 

Moi de toute façon je suis occupé, j’ai des clients à renseigner, des clients qui disent bonjour distinctement, des clients qui ont besoin d’être sauvés de la morosité, et ce n’est pas une tâche que je prends à la légère. La preuve, j’ai déjà fait ma déco de Noël. Oui bon ok, en vrai c’est mon apprentie qui l’a faîte, mais il faut reconnaître que autant elle est super nulle en ordre alphabétique, autant pour accrocher des boules au plafond, elle maîtrise. Je pense que ça en dit long sur la différence entre l’homme et la femme.

 

Je suis bien entendu contre la discrimination (autre que sexuelle), et une fois que j’ai répandu du bonheur dans le cœur de mes clients, je file voir l’homme mystère et je lui demande si je peux le renseigner et s’il arrive à s’y retrouver dans mon organisation pré-Noël par encore tout à fait au point.

 

- Hein ? Heu oui c’est bon. Ah dites-moi, vous avez le manga qui sème le vent ?

 

Ah ! Chouette, une charade. Je réfléchis rapidement à la signification précise de cette expression, est-ce qu’il cite du Solaar (peu probable, rapport au velours et aux ourlets qui font pas terriblement back dans les bacs), ou est-ce que ça aurait un rapport avec la tempête ? Ou parle-t-il d’un manga qui nous souffle sur notre siège ou fauteuil, qui rase tout sur son passage ? A moins que….

 

- Les vents de la colère vous voulez dire ?

- Oui voilà, j’ai le premier volume

 

Tu parles d’une charade, c’était juste un titre incorrect, c’est nul. Je préfère vraiment quand on joue à Motus, Pyramide ou qu’on me donne au moins un rébus.

 

Je lui apporte donc le deuxième tome

- Et le troisième n’est toujours pas sorti ?

- Dans la mesure où c’est un diptyque, non, pas encore

- Ah ok

 

Je ne réponds jamais de manière sarcastico-condescendante (enfin j’essaie tout du moins), sauf quand on est désagréable avec moi et qu’on ne fait pas l’effort de sourire au moins une fois. Honnêtement, si vous voyiez mon air angélique et mes petits yeux qui rient et pétillent, vous comprendriez qu’il est impossible de ne pas baisser son armure, retirer sa carapace et me prendre dans ses bras en me disant que bon sang je sens bon le lait de palme des îles du Pacifique (pas faux).

 

-Et sinon, vous avez du Larcenet ?

J’en profite pour lui vanter les mérites de son dernier, Blast, qui est vraiment excellent, et face à son stoïcisme je lui indique ses titres chez Poisson-Pilote et les rêveurs

-Ah oui voilà, moi ce que j’aime chez lui c’est Le Retour à la terre. Le combat ordinaire, j’ai lu le premier, ça m’a suffit

-Dommage que le Retour à la terre soit pas vraiment du Larcenet, c’est co-écrit par Ferri

- Ah peut-être je sais pas, en tout cas c’est ce qu’il a écrit de mieux.

- Dans ce cas il vaudrait peut-être mieux aller vers De Gaulle à la plage, plutôt

- Bof, moi tout ce qui est politique, je laisse ça aux spécialistes, je préfère pas m’en mêler.

 

Je sais reconnaître une bataille perdue d’avance, donc j’en rajoute pas, je retourne derrière mon comptoir histoire de ranger mon bordel. Je tombe sur mes oreilles de Bill, et je tente de visualiser ce client avec, ce qui a le mérite de m’amener dans des contrées probablement jamais explorées par mon esprit pourtant très dérangé et à l’imagination fertile. Et accessoirement, c’était plutôt hilarant.

 

A 19h pile, il m’apporte une petite pile de livres (Spirou et Fantasio à Tokyo, Les vents de la colère 2 et une cartographie du monde de Troy) .Il pose alors les yeux sur le coffret fait par opportunisme et par Dargaud pour Le journal d’un ingénu, de Bravo.

- Vous en pensez quoi vous de cet album ? Moi j’ai jamais eu envie de le lire

-J’en pense le plus grand bien, un des tous meilleurs albums de l’année dernière, le prix à Angoulême (entre autres) est justifié, c’est une franche réussite, tout y est, vous pouvez foncer vous serez pas déçu

- Moui suis pas convaincu, je suis sûr que c’est bourré de nostalgie mal placée, que ça fait pas moderne du tout

Là je sais pas trop quoi répondre, c’est pas comme si j’allais réussir à le faire changer d’avis, j’imagine que sa question était une pure formalité, je lui fais simplement remarquer que ça se passe juste avant la seconde guerre mondiale, donc forcément pour la modernité au sens propre on repassera, mais que ça reste de l’excellente bande dessinée comme on l’aime avec tout plein d’ingrédients chouettes et d’intelligence.

- Ouais mais quand même, je préfère pas la lire.

 

Je vais pas non plus le mettre dehors à coups de savate dans les fesses pour si peu, chacun a droit à son opinion, aussi peu informée soit-elle. Je lui tends même la main et lui propose une carte de fidélité

- Non merci, je ne pense pas que je reviendrai. Au revoir.

 

Peut-être est-il de passage, peut-être n’a-t-il pas le droit de sortir de chez lui tout seul en temps normal, ça j’en sais rien. J’aime bien tenter de comprendre les gens et de leur trouver des circonstances atténuantes, c’est vraiment mon truc à moi. Le plus probable étant bien entendu qu’il n’a pas été satisfait par son expérience à mes côtés.

 

On fait vraiment de belles rencontres, en cette saison.

 

Le complot contre l’Amérique (Roth) : encore une belle réussite du père Roth que j’aime décidément vraiment tout plein.

Par Le libraire en question
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Jeudi 26 novembre 2009 4 26 /11 /2009 00:45

Dans le commerce, il est un principe assez élémentaire lorsqu’on souhaite vendre plus pour gagner plus : la vente additionnelle. Alors oui ok quand on vend des frigos ou des jacuzzis, c’est pas évident, mais en même temps la sensation est pas tout a fait la même entre le fait d’ouvrir et se plonger dans une Bd et le fait d’ouvrir et fermer un frigo ou plonger dans un jacuzzi (surtout quand il est pas très profond). C’est donc clairement un avantage en ma faveur, et si c’est fait discrètement sans que la loutre ait l’impression qu’on lui saute à la gorge sans même la faire cuire avant, ça passe tout seul (et la loutre crue, c’est vraiment dégueulasse, je recommande pas).

 

Alors y’a la vente pas très discrète :

-QUOI ????? t’as pas lu Machintruc ??? Mais c’est la Bd de l’année !

- Tu m’as déjà dit ça la semaine dernière à propos de machinchose et celle d’avant pour machinbidule

-Ouais mais pfiou ouais mais là trop bien vraiment fonce allez je la mets sur la pile (la Bd hein)

 

Celle là je la préconise pas des masses, le métier de libraire requiert de la finesse et de la psychologie. Il faut savoir déterminer quand la pile est déjà trop haute, quand le budget est dépassé, et si le client est encore demandeur ou si au contraire il se demande ce qu’il fait ici et que décidément il a pas bien fait de passer par le parc. A mon très humble avis, la raison pour laquelle les clients me jettent des fleurs sans épines sur mon passage tout en mettant en place des banderoles à mon effigie (je suis très bandeau-génique), c’est parce que je suis pas très doué pour l’achat forcé, que j’ai tendance à préférer conseiller une bonne Bd que trois moyennes, et tant pis si mon taux de retours en pâtit (et aussi parce que je suis très modeste).

 

Il y a aussi la vente super pas discrète :

- Allez, tu me prends tous les Ric Hochet, tu vas voir, c’est génial, tu discutes pas, j’en ai justement une série complète dans les bacs (d’ailleurs j’ai que ça, du coup), allez zou, 800€ s’il te plaît, tu paies comment ?

 

Et puis il y a moi, discretos, comme un pissenlit qui pousse au fond du jardin sans rien déranger et on dirait pas comme ça mais il est super beau (et jaune) :

-Ouais nan achète pas le Asterix, il est tout nul. Par contre je te conseille le Zep, il est tout bien.

Et hop, j’épargne mon client et je lui évite d’acheter une Bd 9.20€ qu’il n’arrivera pas à terminer, et en échange il en prend une à 14.95€ (ça c’est du prix psychologique) qu’il fera lire à sa femme et qui relancera leur couple de manière fulgurante et avec des feux d’artifice dedans (ou dehors, chacun son truc).

 

Mais sinon je mise surtout sur le fait que les gens se servent et fassent leurs propres ventes complémentaires, avec moi qui glande derrière le comptoir. Comptoir évidemment bourré de piles de livres spécial achat impulsif de dernier moment, ‘ah vous connaissez pas La nostalgie de Dieu et Mon gras et moi ? ouais c’est pas mal, mais je vous conseille plutôt le dernier Asterix.

 

 

(oui je sais, la chute est un peu nulle, l’ensemble de la note un peu bancale, mais j’ai des circonstances atténuantes, et je dédie d’ailleurs cette note à cette circonstance atténuante qui restera anonyme et dans mon petit cœur qui bat)

Par Le libraire en question
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Dimanche 22 novembre 2009 7 22 /11 /2009 21:34

Ces derniers jours flottait dans l’air comme un air de ridicule ambiant, un air de allez, tout le monde se déguise, c’est ni halloween ni la japan expo mais on s’en fiche, on ne vit qu’une fois, autant se faire remarquer individuellement.

 

Ça a commencé par ce couple d’octogénaires, je dirais (ou de septuagénaires qui ont pris un coup de vieux), qui est passé devant la boutique en route pour le restaurant Italien à côté. On sentait le rituel de la sortie du samedi, lui habillé comme un dandy aux couleurs flashy (mi dandy mi zazou en fait), et elle habillée comme si elle se rendait chez Gatsby et que la thématique du jour était le jaune. Le jaune poussin. Un jaune poussin qui ne porterait pas de sous-vêtements, d’ailleurs. Et autant je trouve ça chouette comme tout qu’un couple de cet âge se tienne la main après avoir passé la matinée à se pomponner, battant le trottoir comme s’il s’agissait d’un tapis rouge, autant j’aurais aimé ne pas voir sa robe trop courte remontant le haut de sa cuisse bien portante et révélant….bon disons que ça en révélait beaucoup trop, et passons à l’image suivante.

 

Un jeune homme, passablement imbibé en ce vendredi soir qui beugle des ‘Alleeeeeez Paris !’ plus ou moins inspirés tout en tentant d’avancer droit. Il est déguisé en supporter de base, à savoir jean’s, pull et chaussures quelconques mais surtout, surtout, l’écharpe du PSG autour du cou. Je n’arrive toujours pas à comprendre à quel moment un être humain a pu se dire que ces écharpes étaient une bonne idée, mais pourquoi pas, au moins ça tient chaud et ça permet d’avoir quelque chose à brandir dans le stade quand on s’ennuie et qu’on a déjà chanté la Marseillaise cinquante fois. Je l’entends braire un ‘Paris est magique !’ une dernière fois avant de s’évanouir dans la nuit et probablement en vrai aussi.

 

L’autre jour, un client me demande ce que j’ai comme figurines Star Wars (La guerre des étoiles, pour les moins cools d’entre vous). Je cherche à savoir quel genre il recherche, quels personnages, et là il retrousse sa manche droite, avec une fierté à peine contrôlée et me montre un tatouage tout frais :

 

- Je viens de me faire tatouer le logo de l’alliance rebelle, alors je pense que tu vois

 

En fait non, je vois super pas, mais je souris quand même, je voudrais surtout pas qu’il se rende compte que j’ai jamais réussi à voir l’épisode III, par exemple, ou que pour moi les Ewoks ne m’évoquent qu’une chanson de Dorothée. Enfin là on est au-delà du simple déguisement de princesse Léia lors d’un rassemblement sur les Champs-Élysées, ou d’une simple princesse dans un château fort qui sent la chèvre (j’avoue porter un certain regard moqueur sur les rôlistes de tous bords et les fans de médiéval, j’ai vraiment jamais compris, mais c’est sûrement parce que je suis un vieux con rabat-joie (mais bon, quand même, soyons sérieux deux minutes, j’veux dire bon, vraiment, des rassemblements médiévaux ? Je sais bien qu’à l’époque les ânes circulaient librement, mais ça suffit pas à titiller ma fibre nostalgique des temps révolus)).

 

Et moi je ne suis pas en reste, moi aussi je sais faire le guignol déguisé qui veut fuir la dure réalité du quotidien tout gris. Bon en vrai mon quotidien est tout orangé avec des pointes de rose dedans, mais je peux faire un effort pour mes clients, pour les égayer, et pour ça, cette semaine, j’ai reçu des oreilles de Bill. Oui, de Boule & Bill. Elles sont parfaites. Je pense que tous les libraires de France ont eu comme réflexe de les porter, puis de se sentir ridicule, d’avoir un sourire forcé et de les reposer. Sauf les stagiaires et apprentis qui ont été forcés de les porter avec pour objectif de vendre cinquante exemplaires du cinquantième album de Boule et Bill (leurs N’Os d’or, comme ils disent. Hilarant).

Je les ai portées toute la journée de Samedi, histoire de. Alors bien entendu, j’ai eu droit aux quolibets habituels des fans de Bds mal dans leur peau, mais c’est les ragots des jaloux (‘et quoiqu’on en dise nous on s’amusait beaucoup’), et les femmes de France furent subjuguées par tant de classe.

 

D’autant plus que, comme je suis nul en déguisements, je les ai portées à l’envers. Comme un crétin. Au lieu de mettre le bandeau autour de la tête, façon Hendrix et Herrero, je l’ai attaché sous mon menton, façon casque de chantier. J’ai tout de même fait illusion tout en passant pour un rebelle, c’est ce qui compte. Mais en vrai, c’est simplement que je ne suis pas très intelligent. Oui je sais, je cache bien mon jeu.

 

 

Bien alors ces derniers jours j’ai lu :

La source chaude (McGuane) : excellent roman court qui retranscrit parfaitement l’ambiance midwest.

Ville Noire Ville Blanche (Price) : suis un inconditionnel de The Wire, donc j’étais content de retrouver ce genre d’ambiance (Price a participé à l’écriture de certains épisodes), même si bon, les personnages manquent de profondeur, en fait.

Speed (Burroughs Jr) : dans la droite lignée d’un Easton Ellis, œuvre de jeunesse autour de la drogue dans les années 60s.

The man in the high castle (Dick) : ouais, il est fort de Dick, y’a pas à dire. Vraiment beaucoup aimé

 

Là j’ai commencé L’ombre du vent qui est…bon…voyons…ouais c’est sympa quoi, mais je vois pas bien tout l’engouement autour, j’ai lu au moins dix livres bien plus prenants et intéressants dans le même genre.

 

Ah, et j’en profite pour revenir sur Seul le silence, dont les 300 premières pages sont excellentes, mais après franchement c’est complètement n’importe quoi. Dommage.

Par Le libraire en question
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Mardi 17 novembre 2009 2 17 /11 /2009 23:52

Oui je sais, je bouscule un peu les programmes, mais ceci est un flash spécial, et demain il sera trop tard.

 

Alors ce matin, après un réveil brutal post-week-end (il faut dire que le matin, je me réveille avec un Cd, et là j’avais choisi Enter the Wu Tang 36 chambers), je me pointe à la librairie pour accueillir un nouveau stagiaire (ça n’arrête pas) et une palette de nouveautés Hachette (idem). Ça, c’était prévu. Ce qui ne l’était pas, c’était ce paquet apporté par la gentille factrice. Je dis gentille, car elle a voulu m’éviter de devoir passer par la case poste et à gardé le paquet avec elle hier plutôt que de l’aviser et le laisser à la poste centrale. Oui je sais, tout ceci est proprement passionnant.

 

Moi j’aime bien les paquets, je trouve que tout le monde devrait s’envoyer des paquets et des lettres par la poste, avec des jolis timbres thématiques sur les loutres. J’ouvre fébrilement après en avoir vu l’expéditeur, et quelle n’est pas ma joie et ma surprise d’y découvrir un album d’Un homme est mort et, surtout, un paquet de granolas accompagnés d’un petit mot sympa de l’expéditeur susmentionné. Je ne suis pas de nature très méfiante, sinon je me serais dit que cet album était peut-être une forme de menace, un ancien client mécontent qui me fait comprendre qu’il en a après moi, que je vais pas m’en tirer comme ça, que j’aurais jamais du lui conseiller un album insipide en noir et blanc, que je vais me retrouver avec une tête de cheval dessinée dans mon lit un de ces quatre. C’est plus original qu’une balle de revolver, quoi qu’on en dise.

 

Ça me met de bonne humeur pour la journée en tout cas, je trouve ça adorable comme tout, et ça me conforte dans le fait que ouais, y’a pas à dire, je dois être rudement chouette pour que mes anciens clients (celui-ci a déménagé cet été, souvenez-vous, j’en ai parlé dans une note triste comme un mois de Novembre sans paquet) prennent la peine de m’offrir une Bd (et des granolas), en se disant que je ne dois pas m’en acheter souvent (tout à fait vrai), allez, c’est le beau geste, pour le remercier de ses conseils pendant toutes ces années, c’est à mon tour à présent de lui re conseiller ce qu’il m’a déjà conseillé (ça se tient).

 

J’ai mis tout ça de côté et me suis remis au boulot, mais ça ne m’a pas empêché de tournicoter sur moi-même sur la pointe des pieds, comme au ballet (si je savais comment s’appelle ce pas de danse, je le mettrais hein), et de faire des arabesques. J’ai le droit d’exprimer mon bonheur à ma façon, après tout.

 

Quelques heures plus tard, passées les émotions vives et les douleurs (vives aussi) aux doigts de pieds (j’aurais fait un très mauvais rat d’opéra, malgré mon pelage soyeux), je décide d’ouvrir la Bd, histoire de voir si mon ancien client pourtant toujours présent dans mon cœur n’y aurait pas glissé un mot supplémentaire, pour marquer le coup.

 

Et PAN ! V’la ti pas que la Bd est dédicacée par un auteur qui tente tant bien que mal de se camoufler pour qu’on le reconnaisse pas, mais on me la fait pas à moi, je vois clair dans son jeu, et puis en plus le crayon à papier ça recouvre que dalle. C’est pas toujours très intelligent, un auteur Bd, nous en avons là une preuve supplémentaire. Je lui donnerai des cours d’anonymat.

 

Pour la petite et la grande histoire, il faut savoir que ce client et monsieur Davodeau me lisent ici même, et qu’il s’agit donc d’un rudement chouette clin d’œil, et que je suis gâté tout plein et au moins aussi ému. Ça me donne envie de me prendre par la main et me dire qu’il y a encore de l’espoir, que l’Homme est mort ET bon. Et lisez Un homme est mort, c'est rudement bien pour de vrai.

 

Bon par contre, comme vous pouvez le constater par vous-même, cette Bd est invendable sur E Bay. Ils auraient pu y penser, tout de même.


 

Par Le libraire en question
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Lundi 16 novembre 2009 1 16 /11 /2009 00:50
J’ai beau être barbu, sage, omniscient et aimer tous mes clients indépendamment de leur forme et couleur, eh bien ça ne fait pas de moi un Dieu, et j’ai mes faiblesses. Notamment celle de ne parfois pas être capable de traiter mes enfants et semblables équitablement, ce qui fait de moi quelqu’un de profondément humain et attachant bourré de défauts, et qui permet de ne pas culpabiliser quand je constate que ouais, y’en a qui m’agacent profondément.

 

 

On dirait pas comme ça, mais pour m’agacer, faut y aller. Je suis d’une patience exemplaire, j’essaie d’avoir un sourire pour chacun (et chacune, tant qu’à faire) et de ne pas prendre mes clients pour des trains de marchandise qui s’arrêteraient au comptoir pour recharger et payer tout en faisant un boucan pas possible. L’important étant qu’ils aillent décharger ailleurs (sur le vieux port, dirait Desproges) et qu’ils ne bloquent pas tout le monde sur la quai. Hier matin j’ai même fait un semblant de conversation polie avec une dame d’un âge certain qui m’a tenu la jambe pour m’expliquer que son petit-fils ‘travaillait là dedans’ (j’ai jamais su si elle voulait dire par là qu’il était dessinateur ou libraire, mais à ma décharge (ce sera le mot clef du jour) elle était un peu folle), et qu’il avait lui aussi des figurines mais qu’elles lui faisaient peur à elle, surtout dans le noir. Au moment de me souhaiter une bonne journée et de partir choisir ses haricots blancs sur le marché, elle a aperçu des affiches pour le nouveau Sfar qui traînaient sur une pile de livres, en a pris une et me demande combien ça coûte.

 

‘Rien du tout madame, je vous en offre une avec plaisir’

J’ai cru qu’elle allait me baiser les pieds, les yeux humides, comme si je venais de pleurer des larmes de sangs avec des stigmates de partout. C’est que j’en fais de l’effet moi aux personnes âgées un peu folles.

 

Mais malgré cette patience et ce flegme qui me caractérisent, il m’arrive de perdre patience. Toujours intérieurement dans la mesure du possible, parce que bon, hein, je vais pas non plus me mettre à crier sur mes clients (ou sur qui que ce soit, d’ailleurs, je ne crie jamais. Je crois même n’avoir jamais crié. C’est très frustrant, je plains celui ou celle qui va se prendre 32 années de frustration et sur qui je vais tout décharger. Si j’ose dire).

 

Et donc la voilà qui se pointe, en ce vendredi, alors que je suis archi débordé (mais vraiment débordé, comme rarement, ils ont fait fort cette semaine) et que je tente tant bien que mal de ranger les nouveaux mangas qui m’ont été livrés avec 24h de retard. C’est le genre de jeune fille adolescente un poil lourdingue et qui n’a pas trop d’amis. Généralement j’ai beaucoup de compassion pour ces demoiselles car je les imagine un peu mal dans leur peau et je vais pas enfoncer le clou un peu plus en ne les écoutant pas et en les envoyant valser dans les choux des quolibets de leurs camarades. Mais elle, c’est spécial, elle a le don de passer son temps à me faire perdre le mien, sans raison autre que de me poser des questions dont elle connaît les réponses (bon ça, j’ai quelques spécimens qui le font) ou de savoir si je connais tel ou tel personnage qui apparaît dans le tome 15 de D Gray man (la réponse est non). Mais c’est demandé de manière tellement agressive et antipathique que j’ai du mal à répondre tout gentiment avec la patience d’un prof de musique face à une classe de 3ème qui préfèrerait taper sur des bambous et être numéro un plutôt que de jouer de la flûte.

 

Bon, visiblement elle a une autre de ses questions inspirées, inspiration profonde de mon côté aussi, je prends sur moi, salut Barbara (c’est pas son vrai prénom), que puis-je faire pour toi ?

 

Elle se met à rougir. A baisser les yeux. Et à méchamment tourner autour du pot, ce qui ne m’arrange pas des masses, rapport aux piles qui m’attendent impatiemment.

 

- Alors j’ai entendu parler de mangas, avec des hommes qui…enfin c’est des histoires d’amour, mais un peu différentes, et il paraît que…enfin y’a des hommes et ils…mais j’ai juste lu quelques chapitres et ils…enfin parfois y’a des filles, mais principalement c’est des hommes, et celui que j’ai lu heu…

 

Je la laisse s’enfoncer un peu, je peux aussi être un gros con cruel, y’a pas de raison, après tout j’ai prévenu que j’étais humain, ça fait partie des prérogatives.

 

-Oui, et ?

- Eh bien heu je me demandais si ça existait pour de vrai et heu…

 

Comme je suis néanmoins un être humain miséricordieux, j’abrege ses souffrances, je joue le jeux, je lui dis que oui, ce sont des Yaoi (comme si elle ne le savait pas), qu’est ce que tu veux savoir, exactement ?

Evidemment, elle veut que je lui en montre. Après tout, ça fait aussi partie du métier, même si je sais qu’elle n’en achètera pas, il n’y a aucun problème en soi à ce que je lui montre les quelques uns qui sont intéressants (ça fait aussi partie du métier que de savoir quels sont ceux dans ce genre passablement insipide qui ont un quelconque intérêt (rien à voir avec de l’homophobie latente, c’est juste que ce sont des histoires d’amour avec dominant/dominé, le dominé étant de préférence un jeune homme pré pubère androgyne qui ne sait dire que oh mais qu’est ce qui m’arrive, quels sont ces sentiments conflictuels qui me remuent le bas-ventre, non je ne cèderai pas, non, je serai fort oh mais, mais ooooooh oui encore mais sois doux avec moi, je suis un être fragile qui n’aspire qu’à aspirer et être aimé de toi).

 

Alors je suis sympa, tout en rangeant mes piles pour montrer que je suis pas mal occupé et que là c’est pas trop le moment, je lui sors quelques références.

 

-Ah oui je les ai lus en scan tout ceux-là, y’a quoi d’autre ?

 

Elle ne rougit plus. Elle a remplacé ses yeux frêles et honteux par un regard de prédatrice aux dents longues, elle veut que je fasse une pile de plus sur le bureau, avec rien que du Yaoi (et du Yuri, si possible, mais ça j’ai pas trop, à part Maka-Maka, et pour le coup elle est trop jeune pour voir des jeunes filles à poil se caresser mutuellement, chaque chose en son temps).

 

Je lui explique que tout se ressemble, qu’avec ça elle a déjà fait un peu le tour, que bon w-e Barbara (c’est toujours pas son vrai prénom), que j’ai du boulot, mais passe la semaine prochaine, on en reparlera.

 

Dieu est hypocrisie.

Par Le libraire en question
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Jeudi 12 novembre 2009 4 12 /11 /2009 00:24

Hier, veille de jour férié, je me suis couché, j’ai mis mon réveil, avec la ferme intention de faire des beaux rêves (y’a pas de raison) et d’ouvrir la librairie le lendemain.

 

Ce matin, jour férié, je me suis réveillé, j’ai jeté un œil à mon réveil, je me suis demandé si c’était bien raisonnable, et je me suis recouché. C’est la première fois que ça m’arrive et, bien qu’un peu de culpabilité me ronge un poil, je dois reconnaître que c’est pas désagréable de s’accorder un peu de temps loin d’un dimanche et de ses clients. C’est peut-être à cause de toutes ces Bds que j’ai lues dernièrement sur la première guerre mondiale, mais je me suis senti poilu et solidaire, et hors de question d’aller au front (c’est là tout le paradoxe de ma solidarité). Oui, voilà, par respect je ne pouvais décemment pas aller travailler, après tout, les congés payés tout ça c’est aussi grâce à eux, et même si c’est pas le cas, on peut les leur attribuer rétroactivement, ils l’ont bien mérité.

 

Pour éviter de passer la journée chez moi à glander et tourner en rond en me répétant sans fin que je fais bien de ne pas ouvrir, que de toute façon y’aurait eu personne, qu’ils sont tous sur la tombe du soldat inconnu, que c’est pas comme si j’avais des piles de livres non rangés partout et mes commandes de Noël a fignoler, eh bien j’ai préféré aller glander dehors. C’est bien plus sain.

 

Allez, va pour une ballade en forêt, ça fait un moment que je ne l’ai pas fait, à moi la communion avec la nature, allons remercier ces arbres de se sacrifier pour ma bonne cause et de me permettre de vendre des livres qui valent à peine plus que le papier sur lequel ils sont imprimés, sans vouloir insulter les arbres susmentionnés. J’imagine déjà les prairies en fleur, les coquelicots qui m’accueillent, les champignons qui se dressent pour me saluer et bien entendu des animaux de partout, des oiseaux qui gazouilles, d’autres qui se pressent pour me préparer un banc duveteux sur lequel poser mes fesses duveteuses elles aussi, des sangliers et marcassins qui font la ronde autour de moi, qui sautillent sur leurs deux pattes arrières et qui ne penseraient pas un instant à charger (mais ça c’est parce qu’ils ignorent que j’ai mangé, un jour, du sanglier au BBQ. Et j’ai trouvé ça très bon. Mais chut, n’allons pas les effrayer, je garde ces histoires pour le sitting autour du feu de bois cette nuit). Une vraie scène à la Blanche-Neige, en fait. Mais la partie insouciante avec les nains joyeux, j’entends, pas la partie toute glauque avec les arbres agités et menaçants du début et le tueur de biche (je sais que ça part d’une bonne intention, mais quand même, mince quoi, pas une biche. Qu’il prenne un dindon à la place, ça n’éveille en moi aucune image romantique, un dindon. Un dodo, je dis pas, mais un dindon, non).

 

Je suis donc parti la fleur au fusil, si j’ose dire, le cœur rempli de la satisfaction du choix assumé, de l’oxygène bien mérité et du ciel bleu qui approuve des deux mains mon audace inattendue. Sauf que voilà, moi j’espérais me rouler dans les violettes et le muguet au son des battements d’ailes des papillons qui pour une fois n’étaient pas à l’autre bout du monde et avec un groupe de lapins angora qui taperaient en rythme sur le sol pour m’encourager (c’est vraiment adorable, un lapin angora, ils sont toujours les premiers à me soutenir), sauf que j’ai un peu oublié qu’on était à l’automne. Mais pas l’automne Nord Américain aux couleurs flamboyantes. Non. L’automne parisien aux fougères décolorées, aux feuilles mortes et ternes qui jonchent le sol et aux glands partout, des glands à ne plus savoir qu’en faire, des glands qui vous empêchent de vous rouler par terre, saloperies de glands. Et en plus, en parlant de glands, c’est fou le nombre de personnes qui ont eu la même idée que moi, pas étonnant que les animaux n’étaient pas là pour me faire la fête.

 

J’ai tout de même gambadé une petite heure car après tout c’est pas de sa faute à elle, à la forêt, si le temps passe, et je ne voulais pas la priver de ma compagnie alors que les glands, humains comme végétaux, lui pourrissent suffisamment la vie comme ça. Mais quitte à passer la journée dans un endroit en désolation avec des glands, j’ai préféré retourner à la boutique et bosser un peu. Et hiberner.

Par Le libraire en question
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Lundi 9 novembre 2009 1 09 /11 /2009 00:22

J’aime beaucoup le samedi. Outre le fait que je vois deux à trois fois plus de monde qu’en semaine, que je gagne plein de sous, qu’a priori je n’ai pas de cartons à traiter et que j’ai en ligne de mire un superbe week-end de glandouille en perspective,  eh bien en plus il se passe toujours des choses intéressantes qui me permettent tant bien que mal d’alimenter cet espace qui m’est gracieusement dédié. Je serais encore plus motivé si je me rémunérais, mais à moins d’accepter les pubs hideuses qu’over-blog ont vaguement tenté de m’imposer, je vois pas bien comment j’en retirerais un quelconque profit pécuniaire.

 

Vous avez toujours quelques paumés qui se paument par chez moi, sans trop savoir ce qu’ils font là et qui tentent de s’en sortir par une pirouette (‘ah vous vendez pas d’allumettes ?’), vous avez ceux qui ont réussi à persuader leur famille de venir en ville pour soi disant une promenade, mais qui vont laisser la poussette et la femme dehors en leur proposant de les rejoindre dans le parc plus tard, j’en ai pour une minute, je viens de me souvenir que heu…ouais, je vous rejoins plus tard et enfin vous avez ceux qui se sont levés de bon matin avec pour seul but de faire chier leur monde, de préférence les pauvres commerçants qui n’aspirent qu’à gagner plein d’argent en ce samedi de début de mois, mois qui s’annonce lourd en impositions et en redevance donc bon, mieux vaut faire le plein tant qu’il en reste.

 

Les habitués ne sont pas fous, ils savent qu’ils sont moins tranquilles le samedi et du coup préfèrent venir en semaine. Il est toujours plus appréciable de feuilleter une Bd (si possible avec des nichons tout nus tout fermes dedans) sans qui que ce soit qui jette un œil furtif par-dessus l’épaule (c’est pour ça que je ne prends plus les transports en commun, je ne supporte pas qu’on lise par-dessus mon épaule). Et en plus comme ça ils savent qu’ils peuvent m’avoir rien qu’à eux, que je ne vais pas expédier mes conseils précieux en cinq minutes et que peut-être, si vraiment je suis de bonne humeur et que j’ai fait des rêves étranges et pénétrants la veille (j’ai fait très attention à ne pas faire de coquille sur ce dernier mot), alors peut-être offrirai-je le café, et le libraire sait faire un bon café.

 

Résultat, je vois passer des gens de passage, certains seront irrémédiablement séduits par ma prestance et reviendront le samedi suivant, seront de nouveau subjugués et reviendront cette fois-ci en milieu de semaine, après être partis plus tôt du boulot exprès (là on peut raisonnablement affirmer que c’est gagné, youpi, un client de plus, je vais exploser mes ventes de Futuropolis) et d’autres passeront sans vraiment s’arrêter, sans sentir les fleurs de ma vie, si je puis dire. J’en ai même eu un hier qui visiblement ne sait pas trop comment ça fonctionne, une librairie, et qui s’est directement servi dans la vitrine, m’apportant la Bd au comptoir tout ce qu’il y a de plus naturellement. Je me demande s’il fait pareil avec la langue de bœuf chez le boucher. En même temps, ça prouve au moins que ma vitrine a produit l’effet escompté, c’est toujours ça de pris, j’ai l’impression d’être un as du marketing.

 

De toute façon je ne peux qu’observer et jalouser, vu que moi je ne peux pas baguenauder le samedi, être un passant parmi les passants, faire des bains de foule en apnée dans les magasins de fringues, juste comme ça, car oui, y’a pas à dire, on est mieux dans un magasin trop chauffé que dans l’air du parc trop oxygéné (mais attention hein, je fais le cynique pour jouer les marrants, mais faites pas les cons, venez quand même à la librairie, surtout le samedi. Je m’ennuie moi sinon).

 

 

Bon, rien ne va plus, ça fait quatre jours que je n’ai pas ouvert un roman, c’est le début de la fin. Mais là je m’apprête à lire la suite des aventures de ce cher Walt Longmire (Death without Company, de Craig Johnson), je pense que ça va me remettre sur de bons rails.

Par Le libraire en question
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Mercredi 4 novembre 2009 3 04 /11 /2009 23:15

Ceci est un blog dit littéraire (oui je sais, moi-même ça me fait marrer). Pas de vidéos, pas d’images, très peu d’interaction, pas de ‘oh regardez ce que j’ai trouvé en surfant l’autre jour, c’est hilarant, y’a même des vaches’, pas même un début de contre culture, alors même que j’ai Lipstick Traces en permanence sur ma table de chevet. Bref, y’a des gros pavés, parfois quelques listes (et encore), rien que du austère tout plein malgré le rose de ma prose.

 

Du coup, quand je n’ai rien à dire, je ne peux pas m’en sortir avec un gribouillis de bout de table, une vidéo éculée ou un lien vers un article du monde diplomatique et poster ça en disant que allez, ça fera l’affaire, ils seront contents mes lecteurs, faut pas qu’ils perdent l’habitude de venir me voir et d’écrire des tonnes de commentaires, sinon je vais être obligé de mettre ce logo douteux avec l’arbre et ses racines ou des gros monstres gentils qui mangent accompagné de la légende ‘mon blog se nourrit de vos commentaires’.

 

Mon blog se fait vieux, et moi aussi. A force d’avoir peur de radoter, je préfère ne rien dire, ça m’évite de me chasser la queue de plus en plus vite à longueur de journée (je précise à l’usage de ceux et surtout celles qui souhaiteraient visualiser correctement cette scène et profiter pleinement de l’expérience que procure ce blog que je me compare à un chien tentant de mordre sa queue hein, soyons clairs).

 

Pourtant il m’est arrivé une fois de plus des choses intéressantes aujourd’hui, chaque lever de soleil est un enchantement dans mon quotidien, des marelles se créent sous mes pieds pendant que je trotte sur le trottoir et glisse sur les arcs-en-ciel. J’ai eu une longue conversation avec des clientes bibliothécaires qui m’expliquaient le pourquoi du comment de l’attente de leur budget 2009 (qu’il faudra donc dépenser à la hâte dès qu’il sera voté d’ici quelques jours afin de bénéficier du même budget l’année suivante. Je suis pas super doué en politique budgétaire, mais y’a quand même quelque chose qui va pas dans ce système), j’ai expliqué à mon représentant Dupuis que ben non ça m’intéresse pas leurs fourreaux Largo Winch spécial 25ème anniversaire (franchement, sans déconner…) et j’ai passé une heure après l’heure de fermeture avec une institutrice qui voulait présenter des Bds graphiquement intéressantes à ses élèves afin de faire tout un travail sur l’image.

 

Mais allez faire un truc rigolo passionnant génial sur ces thèmes là vous, c’est pas toujours facile d’être moi.

 

Si je savais dessiner, je ferais une loutre avec un ukulélé devant des Hawaïennes qui se trémousseraient en rythme. Ce serait moitié intrigant, moitié private joke, les internautes afflueraient par milliers et je me retrouverais édité chez Marabout ou Paquet à 1 300 exemplaires (taux de retours de 85%, taux de revente des SP de 100%) et enfin invité au festiblog.

 

Au lieu de ça, j’écris ces paragraphes, la queue entre les jambes (pas sûr de la référence canine pour le coup), et en plus je n’ai plus de chocolat pour aller avec mon café. C’est n’importe quoi ce blog.

Par Le libraire en question
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Mardi 3 novembre 2009 2 03 /11 /2009 00:18

Faisons fi de toute fausse modestie : j’ai beaucoup de qualités. Je ne vais pas en faire une liste exhaustive, je vous laisse la joie de les découvrir au fur et à mesure, mais sachez qu’on y trouve en bonne place l’honnêteté. Je ne sais pas si ça fait partie des 7 vertus capitales, mais en tout cas moi j’en suis fier tout plein.

 

Parfaitement.

 

Ceci étant, c’est vrai (je ne mens jamais, c’est aussi sur la liste). Je ne fais jamais de ‘transactions non officielles’, par exemple. Et pourtant, avec l’occasion, c’est pas l’occasion qui manque (j’ai aussi beaucoup d’humour, je suis super fort en jeux de mots). Mais non, je fais une pièce comptable à chaque fois et code les livres en fonction. C’est monsieur TVA qui est content chaque trimestre, et ça occupe mon apprentie et les stagiaires éventuels.

 

Bon, j’ai déjà parlé de mon honnêteté intellectuelle, donc on va pas revenir dessus, mais vraiment, évitez le dernier Asterix (des fois que…), et remplacez-le dans votre caddie par Rebetiko, de Prudhomme. Certes, c’est pas tout à fait la même chose, ils ne dansent pas de la même manière autour d’un banquet de sangliers, mais le plaisir de lecture est autrement plus intense avec ce dernier. Fin de la parenthèse.

 

Il arrive de temps à autres qu’un client étourdi ne se rende pas compte que deux billets sont collés l’un à l’autre et que donc, par exemple, au lieu de me donner 10€, je me retrouve avec 20. Plutôt que de jouer les fourbes crochus et lui faire croire plus tard que non non, j’ai pas vu de billet par terre, il a dû tomber dans les égouts quelque part, ça pardonne pas ça les égouts, surtout quand il pleut, tiens d’ailleurs ça me rappelle la scène avec le clown dans Ca, justement, mais je te raconterai une autre fois, je sens que c’est pas ta priorité, plutôt que de prendre le billet discrètement, donc, je le lui rends. Grand seigneur. Bon je me renseigne avant pour être sûr qu’il ne s’agit pas d’un pourboire (on ne sait jamais), mais dans l’ensemble je ne rechigne pas à me séparer de ce trésor inopiné. D’ailleurs, de temps à autres j’ai des clients qui, grands seigneurs eux aussi, veulent me donner la pièce et me disent ‘gardez la monnaie’ (généralement quelques centimes), comme si je venais de leur couper les cheveux ou de leur servir un pastis. Je leur explique qu’un centime c’est un centime et que je tiens à ce que ma caisse soit bonne ce soir, sinon c’est le bordel et mon comptable n’est pas content et qu’accessoirement je ne suis pas un scout, j’emballe les livres gratuitement, je ne reverse rien à la croix rouge (comme quoi, je n’ai pas que des qualités). Suffit de voir la qualité du travail, il serait malvenu de demander une quelconque rémunération pour ça (honnêtement, j’ai honte de mes paquets cadeau, même si je me suis grandement amélioré, j’ai pris des cours, j’ai même appris le mot bolduc, c’est dire).

 

Et non content d’être honnête, je suis aussi généreux. Je me demande même s’il ne s’agit pas d’une surcompensation, je sais pas, c’est troublant, on met le doigt sur quelque chose là (‘that’s what she said’). Et donc dès que l’occasion se présente, je fais des cadeaux, et comme je n’aime pas forcément me mettre en avant, je ne vais pas dire haut et fort que regardez monsieur, regardez madame, je vais, sous vos yeux ébahis, mettre un livre offert dans votre sac. Eh oui, parfaitement. Oh, pas la peine de me remercier, c’est normal, c’est dans ma nature, parlez-en autour de vous et n’hésitez pas à revenir. Je le fais donc discrètement, souriant intérieurement à l’idée qu’ils ouvriront leur sac chez eux et que ce sera un peu Noël avant l’heure, qu’ils s’exclameront, les yeux humides, que quand même, quel chouette libraire, quel chouette homme même, la bonté à l’état pur, vite chérie, appelons ta mère pour lui en parler, elle n’en reviendra pas, tant de beauté dans ce monde, j’en suis bouleversé, t’as le numéro de la Croix Rouge ?

Je fais donc le coup avec ce client, qui m’a l’air ma foi plutôt sympathique, et j’ajoute une Bd qui faisait partie d’un lot laissé gratuitement par un autre client (prenez, ça me débarrassera, qu’il m’a dit), toujours avec ce ricanement auto satisfait qui me va si bien.

 

Il sort, visiblement satisfait (je le reconnais à l’au revoir sincère et enjoué) puis revient quelques instants plus tard :

 

- Pardon monsieur, mais vous avez fait erreur, vous m’avez mis un livre en plus, je suis venu vous le rapporter

 

Non content d’être honnête, en plus je suis contagieux. Comme quoi, indépendamment des prix littéraires et de celui du gaz, on peut avoir foi en l’humanité.

 

 

Bon j’ai lu quoi moi ces derniers temps ?

Y’a eu les dépossédés, de Le Guin, qui a encore et toujours des bonnes idées bien traitées et profondes et tout et tout (j’ai préféré La main gauche de la nuit quand même), puis La vengeance du traducteur, de Matthieussent, qui est vraiment un excellent roman, mais un poil ardu et très référencé. Et aujourd’hui j’ai lu Seul le Silence, d’Ellory, qui est super trop bien pour peu qu’on aime les ambiances bien sombres des bas fonds sombres de l’âme humaine sombre.

Par Le libraire en question
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