Où avez-vous atterri?

Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux.

Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça.

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Vendredi 17 avril 2009

C’est moi ou elle me fait du pied là ?

Y’a pas à tortiller, c’est pas une illusion d’optique (enfin tactile, plutôt), elle essaie de toute évidence de me faire passer un message. A moins que ce ne soit au voisin, ce qui m’étonnerait puisqu’on est tout seuls à la table et qu’il lui faudrait une sacrée allonge pour espérer l’atteindre tout là bas à sa table à lui (en plus, franchement, comparé à moi, il est pas terrible. Peu de gens soutiennent la comparaison, je vous l’accorde, mais en tout cas surtout pas lui).

 

Bon, calme-toi mon canard, c’est rien du tout, tu peux gérer, souviens-toi comment c’était au collège, t’as déjà été confronté à cette situation, te laisse pas déconcerter (en fait, c’était à la cantine, je m’étais retrouvé par je ne sais quel concours de circonstances assis en face de Myriam qui, telle l’état des choux fleurs posés devant moi ne me faisait ni chaud ni froid. Elle a commencé à frotter son pied le long de ma jambe, et moi j’ai commencé à la regarder avec des grands yeux de lémurien apeuré, lui demandant tacitement et expressément d’arrêter tout de suite, ça va pas la tête, tu vas salir mes chaussettes blanches, c’est pas le moment, j’ai un exposé tout à l’heure et mon pantalon est trop court. Une marque de frottement de pied sur la chaussette est moins ostentatoire qu’un suçon dans le cou, mais j’ai réussi à tenir dans ce système scolaire sans avoir encore de honte de ma vie (ça allait venir (je vous raconterai)) ni de surnom douteux (idem), c’est pas pour que tout soit gâché sous la table d’une cantine qui sent la javel).

 

Que ferait un gentleman à ma place ? Le premier qui me vient à l’esprit, c’est Phileas Fogg, et lui est parti la fleur au fusil, dépensant un fric monstrueux dans une aventure absurde. C’est pas un bon exemple. L’autre, c’est Edgar, le ‘Detective cambrioleur’, qui n’est pas non plus un super bon exemple. Par contre, ce qui m’inquiète c’est de voir que mes références se limitent aux dessins animés de mon enfance, plutôt qu’à un titre comme Tristram Shandy, ce qui en dit long sur ma culture et sur la raison pour laquelle je vends des livres avec des images.

 

Que ferais-je à ma place si je n’étais pas aussi torturé (fou) ? Je ne peux pas lui faire mes yeux de lémurien, elle prendrait peur, et j’ai bien trop conscience des subtilités des jeux érotico amoureux pour savoir que je ne peux pas lui en parler ouvertement, lui demander ce qu’elle cherche, coquine. Surtout quand aucune contrepartie pécuniaire n’est prévue (car dans ces cas là, on peut dire ce qu’on veut, on a le droit, ça s’appelle un jeux de rôle, j’ai plein de clients qui y jouent, mais je crois que chez eux les épées et les costumes moyenâgeux remplacent les fouets et les guêpières, faudra que je leur demande, on sait jamais, je  pourrais les voir sous un jour nouveau).

 

Je ne sais pas ce qu’elle espère moi, c’est trop compliqué ces relations, tout le côté je te drague, tu me dragues, nous flirtons, on se prend par la main, on va au restau, on va au ciné, je mets ma main sur ta cuisse, tu n’as pas l’air de trop te figer de dégoût, c’est le signal, c’est parti pour le roulage de pelle, je te dis que bon ça va maintenant, je vais rien comprendre au film, je la raccompagne chez elle, je reste pas car le lendemain je dois me lever tôt (9h) pour mes boulets, et le lendemain il faut répondre à ses sms, convenir d’un autre rendez-vous, choisir la couleur de la clôture, aller à des expos le dimanche, trouver un nom pour le chien ET les enfants, se décider entre des couches jetables ou réutilisables, entre allaiter ou non et garder ou non le poster de Michael Jordan dans la chambre. Suis pas prêt pour tout ça moi. Il faut que je le lui dise. Autant étouffer dans l’œuf le peu de jaune qui reste, ne laissons pas déborder la soupe, il en va de mon avenir après tout, suis trop jeune pour en avoir un.

 

‘Excuse-moi, j’ai dû te donner un coup de pied en croisant les jambes. Bon et donc le Ikigami 3, t’en prends combien ?’

 

Note pour plus tard : ne pas accepter de bosser les nouveautés avec les représ au restau. C’est pas bon pour la digestion.

 



G. (Berger) et Un artiste du monde flottant (Ishiguro). Et là je commence DrBloodmoney (Dick)

Par Le libraire en question
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Mardi 14 avril 2009

J’ai déjà couvert toute cette histoire de journée mondiale du boulet de compétition, mais j’ai oublié le principal : la journée du Libraire.

 

Je ne parle pas de la journée mondiale du moi (mon égocentrisme est généralement satisfait le jour de mon anniversaire, je reçois quelques coups de fil, quelques sms, et cette année je mise tout sur facebook pour me sentir particulièrement aimé), mais bien de tous les libraires de France et du monde (enfin les bons libraires, bien entendu, ceux qui ont une âme, qui sentent bon à la fois la poussière et le livre neuf). Une journée où, tel le gamin ingrat le jour de la fête des mères, les clients viendraient nous voir simplement pour nous dire merci. Pas la peine de nous faire un collier de nouilles (quoique franchement, j’adorerais qu’on m’offre un collier de nouilles, c’est le symbole de tout ce que j’aime : l’inutile et les pâtes), pas la peine de nous écrire un poème, même pas la peine de nous apporter le petit déjeuner au lit (surtout que je saurais pas où mettre la peau de banane, c’est pas très malin).

 

Un simple merci. Gratuit. En fait, la journée du libraire devrait être aléatoire, histoire qu’on s’y attende pas trop et que les clients ne se disent pas, les 364 autres jours ¼, que c’est bon, il l’a eu son merci, il veut pas non plus qu’on lui cire sa boutique ?

 

Ceci étant, toute mégalomanie printanière mise à part, il n’y a rien de plus gratifiant dans ce métier qu’un merci spontané. Il y a le merci poli et automatique, le merci de m’avoir rendu la monnaie et de me tendre mes livres avec ou sans sac (je laisse le choix à l’acheteur, je ne lui impose pas le plastique, aussi biodégradable soit-il), le merci de m’avoir renseigné quant à la disparition de l’armurerie (‘vous êtes vraiment sûr qu’elle n’est plus là ?’). Et il y a l’autre. Le Merci. Le demi Cambronne avec une majuscule. Le Merci de m’avoir conseillé ce livre, j’ai passé un très bon moment, je suis toute chose, j’en veux plus, pour qui sont ces serpents qui sifflent? c’est pour bibi. Oui, on peut vous apprendre que, de manière totalement illogique, Ferrero et par la même Nutella ont fait faillite à cause de la CRISE, ne laissant en rayon plus que des imitations de pâtes à tartiner (l’horreur sur terre. Car oui, n’en déplaise à certains, le Nutella c’est super bon), eh bien un seul Merci sorti de nulle part suffira à faire oublier tout ça. Bon, une heure après, la réalité refait surface, mais au moins pendant cette heure j’ai été drogué au Merci, je me suis senti bien, ma vocation s’est faite encore plus resplendissante, je distribue le bonheur autour de moi d’un coup de baguette magique faite de conseils avisés, bon sang que c’est exaltant.

 

Les Merci taciturnes sont pas mal non plus. Oui je sais, ça semble abstrait. Mais un Merci taciturne, ce sont des clients qui reviennent, des clients qui me font confiance, qui vont prendre un livre sous le prétexte quelque peu naïf que j’y ai collé un coup de cœur, des clients qui viennent prendre leur dose et qui n’ont jusque là pas (trop) été déçus de la qualité, même si elle est parfois coupée avec du plâtre (mais ça j’y peux rien).

 

‘Je suis content que ça vous ait plu’ est ma réponse officielle. Sobre. Alors qu’intérieurement je me dandine comme Jesus dans The Big Lebowski s’apprêtant à lancer sa boule de bowling, tout fier, rajoutant une encoche sur le bureau dans la colonne ‘clients satisfaits’ (over 1 Billion served).

 

L’autre jour je suis passé de l’autre côté du miroir et de la rue. Je suis allé voir mon libraire (car oui, j’ai un libraire. Autant en Bd ça va, j’en ai lu quelques unes, autant en littérature j’ai quelques lacunes (vous noterez la rime, on dirait du Bruel)) pour mettre en pratique ma bonne humeur vertueuse. Je lui ai dit Merci. Je lui ai fait un bisou sur le nez et dansé autour comme Snoopy, le nez en l’air et les bras écartés. Je vous laisse visualiser. Et faire de même autour de vous.

Le tueur aveugle (Atwood)

Par Le libraire en question
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Dimanche 12 avril 2009

De toute façon, cette journée, pour je ne sais quelle raison, avait un air de n’importe quoi. J’ai mis ça sur le compte des départs en vacances ou du stress de devoir aller cacher des chocolats dans la maison de mamie qui n’a plus toute sa tête depuis un moment et n’a pas pris le temps d’enlever les décorations de Noël, c’est un coup à embrouiller les enfants, déjà qu’on offre aussi des chocolats en décembre…

 

Pas mal de gens paumés, de curieux, et même Hachette qui décide de me livrer mes nouveautés de Mercredi dès le Samedi. Ça m’arrange pas des masses, les cartons ça prend de la place, et j’ai pas le temps de les traiter là maintenant tout de suite, je suis en plein milieu d’un conseil bancal en matière de mangas pour jeunes filles à la mode qui veulent se mettre au Yaoi (des mangas dans lesquels les garçons se font des zizouilles). Les éditeurs me facilitent la tâche en créant une collection exprès, sentant le filon à des kilomètres, mais je me retrouve coincé si on me demande de quoi ça parle (généralement, ma réponse se résume à ma parenthèse précédente).

 

J’étais sur le point de survivre sans trop d’efforts à cette journée quand il est entré. Un peu penaud. Beaucoup mouillé. Les lunettes triple foyer mises un peu de travers, la démarche mal assurée et le nez en l’air, regardant les figurines.

 

‘Bonjour, qu’est ce que vous avez comme figurines Saint Seiya ?’

‘Eh bien j’ai celles qui sont devant vous, c’est tout ce qui me reste’

Il reste pensif et perdu devant les boîtes amoncelées (à moins que ce ne soit sa façon habituelle de réfléchir), en repère une, la prend dans ses grosses pattes velues et l’amène au comptoir.

‘Vous la faîtes à combien celle-là ?’

‘Le prix est indiqué dessus, tout simplement’, lui réponds-je avec le sourire (je voudrais pas qu’on s’imagine que je le méprise avec condescendance et que je suis désagréable avec mes clients sous prétexte qu’ils ont des airs de chien mouillé. Non. Je suis courtois et pro et agréable comme une veille de chasse au chocolat)

 

Son visage se contorsionne un poil, visiblement il est contrarié, il remet ses lunettes en place et remue son nez comme un lapin (mais pas un lapin tout mignon ou tout crétin. Plutôt un lapin qui ferait un peu peur, comme celui dans Donnie Darko ou celui qui pendait par les pieds, mort, la fourrure retirée et les mouches tournant autour, dans la ferme de ma tante).

 

Il lève ses yeux louchant, me regarde plus ou moins droit dans les miens, et me dit :

‘Tu peux faire un effort ?’

Quelle curieuse question. Il m’arrive d’en faire, des efforts, parfois, donc je sais que oui, je le peux, j’en suis capable, malgré tout ce que pouvaient penser les enseignants au lycée. Mais je doute qu’il est venu dans la boutique pour me motiver à reprendre mes études. M’est avis qu’il tente subtilement de négocier. Pas sûr que le tutoiement soudain soit le meilleur angle d’approche mais ma foi, pourquoi pas.

‘Ah non, désolé, j’ai pas une marge terrible sur ces produits, je crains qu’il faille faire avec le prix affiché’

C’est comme si je venais de lui annoncer que non, rien à faire, la peine était incompressible, vous allez croupir en prison mon vieux, les preuves sont accablantes, on a retrouvé le cadavre du lapin, plus la peine de nier.

Il s’approche de moi, pénètre mon espace vital (mais pas trop non plus, je vous rassure), murmure des bouts de phrases que j’ai du mal à comprendre. C’est apparemment la pièce qu’il lui manque, il les lui faut toutes, tu peux vraiment pas baisser un peu, allez, juste un peu, c’est celle que je cherche, t’es pas sympa etc etc.

 

Je ne sais même pas ce qu’il entend par ‘faire un effort’ et ce qu’il ne comprend pas quand j’explique que je m’aligne déjà sur les prix les plus bas, que c’est un produit que je viens de recevoir, que je cherche pas à le brader.

Je consens à lui accorder directement la remise que je fais normalement sur carte de fidélité :

‘Bon, vais être sympa, je peux vous faire 5% de réduction’

Son visage s’est illuminé (il faut dire que ça fait quand même 2€ de gagnés, ça valait le coup), son œil droit m’a regardé d’un air de dire ‘tu vois quand tu veux’ et son œil gauche exprimait toute la gratitude du monde.

‘Je te la prends’

(Je prie pour qu’il parle de la figurine)

‘Je vais chercher de l’argent, je reviens’

 

Je suis très surpris de le voir effectivement revenir. Ne serait-ce que parce qu’il est parti vers la droite. Alors que les banques sont à gauche.

 

‘C’est compliqué de trouver une banque par ici’ me dit-il en me tendant les billets. Je lui donne son trophée discrètement emballé dans un sac aux couleurs de la boutique et lui souhaite une bonne journée.

 

Mais de toute évidence, la transaction a beau être terminée, il en a pas fini avec moi pour autant.

‘Tu sais pourquoi je suis dégoûté ?’

‘Heu non’

‘Aujourd’hui je devais aller au Parc Asterix. Mais à cause de la pluie, je préfère pas’

Je l’ai pas vue venir celle-là.

Je suis pas toujours très fort pour m’intéresser aux choses qui ne présentent aucun intérêt, et malgré mes efforts surhumains, je ne trouve pas quoi répondre. Je me contente d’un sourire de vague compassion, ma façon muette de dire que c’est ballot mais que veux-tu, c’est la vie. Tu rates Tonnerre de Zeus mais tu récupères Poséidon, c’est le karma.

Il reste encore quelques très longues minutes juste devant l’entrée (ou la sortie, plutôt), regardant en l’air, cherchant quelque chose d’encore moins pertinent à ajouter. Et comme il ne trouve rien, il comble les deux mètres qui le séparaient de moi et me tend sa main moite que je serre un peu étonné (mais bon après tout, il me tutoie, on doit être au moins à moitié copains du coup, je peux bien lui serrer la main).

‘Encore merci dit il, franchissant la porte’

Et tel l’artiste revenant sur scène alors qu’il n’y a pas eu de rappel, il fait demi-tour pour son dernier numéro du jour :

‘Et longue vie surtout’

 

 

C’est tout ce que je me souhaite.


Il y a eu: L'empreinte de l'ange (huston), Ecoute, petit homme (Reich), Habillés pour l'hiver (Sedaris) et je termine le t1 des Seigneurs de l'instrumentalité (Cordwainer Smith)

Par Le libraire en question
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Jeudi 9 avril 2009

Je ne sais pas si c’est mon côté Japonais, Victorien ou simplement vieux con, mais j’aime bien, quand on rentre dans ma boutique, qu’on respecte un minimum l’endroit.

 

C’est pas parce qu’il n’y a ni paillasson avec un dauphin dessus devant l’entrée ni flamands roses en plastique dans le jardin que vous entrez pour autant dans un lieu de perdition dans lequel il est permis de se curer le nez ou uriner par terre (ce dernier je n’y ai jamais eu droit, je vous rassure. Et quand un caninophile franchit la porte avec son animal en laisse, je lance un regard à ce dernier de telle manière qu’il comprenne bien que je tolère sa présence pourtant interdite uniquement parce que je suis un chic type et que moi aussi, avant d’être aigri, j’aimais les chiens, mais que s’agirait de pas trop exagérer en voulant marquer son territoire).

 

De manière générale je n’ai (pour une fois oui, je sais) pas à me plaindre. Je fais quelques remarques de temps en temps quand j’aperçois une canette ou une bouteille ouvertes (‘t’as pas l’intention de boire dans la boutique, si ?’ (suis super fort en psychologie adolescente)), et j’interdis formellement l’entrée à tout sandwich chaud, à plus forte raison quand il sent l’oignon.

 

Il y a une chose pour laquelle je ne dis rien, parce qu’après tout je ne suis ni surveillant (pion) ni gardien de prison, même si j’avoue lever longuement les yeux au ciel, c’est lorsqu’une personne visiblement dure d’oreille (ou en passe de le devenir) déboule avec son baladeur à fond, les écouteurs dégoulinants de tsskkk tsskkk tchhhkkksskk très désagréables. L’époque où seuls les plus téméraires avaient un walkman à cassettes (sans autoreverse, évidemment), enregistrées scrupuleusement pendant de longues heures d’attente et de frustration (bordel il peut pas se taire l’animateur ?) me manque cruellement. Maintenant il suffit de quelques dizaines d’euros, d’un ordinateur, et hop, c’est parti pour des heures d’écoutes à peine appréciées, distraites, une oreillette pendouillant à l’oreille gauche pendant que la main droite feuillette le dernier manga à la mode, et cet écouteur blanc pour bien montrer que oui, bien sûr que c’est un Ipod, tu crois quoi, que je fais pas comme tout le monde ?

 

L’avantage c’est qu’ils ne sont jamais que de passage, dans la boutique. C’est bien pire quand un de ces énergumènes squatte la place à côté de vous dans les transports en commun (j’arrive pas à croire qu’il écoute vraiment du David Guetta à 8h du matin. J’arrive pas à croire qu’il en écoute tout court). D’autant plus que maintenant le sport national consiste à écouter son portable et en faire profiter tout le monde dans un rayon de cinquante mètres, même si la qualité est absolument dégueulasse y compris à cinquante centimètres.

 

Bon, il fait beau, je vais arrêter de bougonner dans ma barbe et plutôt aller ouvrir la porte, accueillir tout le monde sans discrimination les bras et le tiroir-caisse ouverts, venez mes lapins, je suis pas vraiment fâché, je ne faisais que faire tomber des quilles de clichés en ce morne mercredi, en vrai je vous accepte tels que vous êtes. Sauf vous là dehors, assis par terre, qui vous amusez à vous balancer de la bière dessus, agglutinés autour d’un portable insensible au bon goût. J’espère qu’il va vite se mettre à pleuvoir.

 



L'oreille Interne (Silverberg)

Par Le libraire en question
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Mercredi 8 avril 2009

Malgré ma peau parfaite, j’ai eu toute la journée un bouton fort disgracieux sur le visage. J’avais l’impression qu’on ne voyait que ça. C’est bien la peine d’avoir réussi à franchir la période ingrate de la puberté sans trop d’encombres. Surtout que ça ne devrait pas arriver. Pour la simple et bonne raison que, comme beaucoup de jeunes gens perdus de ma génération, j’ai eu recours au traitement Roaccutane. Je sais même pas si ça existe encore, ce machin.

 

En tout cas ce fut la révolution quand c’est apparu dans nos vies pleines de sébum : on pouvait enfin ranger pour de bon le biactol dans les armoires à pharmacie ainsi que ces espèces de patchs immondes dont le nom m’échappe et qui accrochaient les points noirs (alors que franchement, ça c’était le côté fun de l’adolescence, récurer ses points noirs, les extirper à la sueur de l’ongle). Les dermatos l’ont distribué à tout va, peu importait la sévérité de l’acné, faites vous plaisir les jeunes, c’est l’état qui régale, n’oubliez pas la prise de sang et les crèmes hydratantes et évitez de rester trop au soleil, vous risqueriez de peler (d’ailleurs c’est ce qui m’est arrivé, jusqu’à ce que je découvre l’autre fonction de la vaseline).

 

C’était assez amusant de voir partout les signes partagés par ceux qui suivaient le traitement : grosses plaques rouges, lèvres gercées, saignements de nez. On était pas aussi bien organisés que les motards, du coup on avait pas un signe de salutation, mais la solidarité était bien là, même si elle s’effectuait la tête baissée parce que bon, c’était pas beau à voir. Le meilleur moyen de savoir si quelqu’un avait suivi un traitement au Roaccutane, c’était tout simplement qu’il le niait : ‘heu non ça va pas la tête, j’ai pas suivi de traitement, c’est juste que je suis plus puceau et c’est parti d’un coup (enfin si j’ose dire)’.

 

Ah et au fait, se sont rendus compte les dermatologues, soudain : y’a des risques de stérilité.

Ah.

Oui, on va peut-être faire d’autres tests quand même et être un peu plus regardant sur ceux (et surtout celles) à qui on le prescrit, parce que bon, c’est pas tout ça mais dans 15 ans c’est la crise, s’agirait de faire attention au trou de la sécu, prenez du biactol plutôt et arrêtez de vous plaindre sous prétexte que vous êtes moche, croyez-moi, l’acné n’y est pour rien.

 

Et depuis quelque temps, je vois l’acné réapparaître dans ma boutique (et sur ma peau de bébé, mais je mets tout sur le compte du printemps, et puis d’abord vivement l’été, ça assèche tout ça, tant pis si ça revient direct à  la rentrée, le tout est d’être beau et bronzé sur la plage). Peut-être la faute aux médecins traitants qui court-circuitent les spécialistes. Peut-être la faute à Internet qui permet même aux boutonneux de trouver des communautés qui les acceptent. ‘Fin bon, faudrait pas qu’ils soient trop intégrés non plus, j’ai des nouveautés mangas à vendre, moi.

 

La ville des prodiges (Mendoza)

Par Le libraire en question
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Lundi 6 avril 2009

J’ai entre les mains une version imprimée de mon blog, reliée, avec couverture et tout et tout.

 

Oh je sais, certains pensent déjà que je raconte un de mes rêves un peu débiles en espérant que celui-ci aussi sera prémonitoire, que je vais enchaîner en expliquant qu’un castor femelle est sortie de l’eau pour m’offrir cet exemplaire ainsi que des Mon chéri (elle aurait été mal renseignée, je ne bois pas d’alcool, encore moins quand y’a une cerise au milieu), tout ça pour que je la suive dans sa hutte et que je l’aide à construire des barrages. C’est naïf, un castor. Surtout que je me connais, je l’aurais pas rendue heureuse, moi tout ce que je veux c’est nager sur le dos avec les loutres, une grenadine dans les mains. Passer mes journées à bosser, non merci. C’est pas pour rien que je suis libraire.

 

Et donc des étudiantes (c’est toujours les filles les plus intrépides) ont décidé de m’utiliser moi et mes textes comme projet de fin d’année. Elles ont regroupé mes textes de Septembre à Décembre, contacté quelques dessinateurs en herbe pour m’illustrer, créé une couverture et un code barre (c’est le plus important), et hop, me voici propulsé sur la scène littéraire pour de faux. J’en suis tout retourné. Par contre je leur souhaite bon courage pour la soutenance, il est toujours délicat de se sentir quelque part responsable de l’échec d’une année scolaire, tant d’efforts et d’enthousiasme anéantis tout ça parce que le jury n’aura pas été capable de déceler le génie qui est en moi, se focalisant plutôt sur le foutage de gueule de mon ensemble. Elles ne sont pas les seules d’ailleurs à avoir misé leur carrière dans le métier du livre sur ma capacité à éblouir des professeurs plus habitués à des projets sur l’état du livre au XXIème siècles et autres joyeuses réflexions sur l’avenir du support papier à l’ère du numérique (baille). Moi je vois bien que je suis plus ébloui par ma prose couchée sur papier que celle couchée sur Word, donc ça me rassure sur mon avenir à moi, je devrais encore pouvoir stagner derrière mon comptoir pendant quelque temps. Le temps, justement, de devenir célèbre, de construire ma hutte et mes barrages loin de tout.

 

Blague à part, je me suis mis un instant à la place des scénaristes, dessinateurs, coloristes, lettreurs (j’espère que je n’oublie personne, levez le doigt s’il vous plaît) qui découvrent fébrilement leur album tout juste sorti des presses, tout fiers, tout heureux. Jusqu’à ce qu’ils découvrent d’horribles fautes sur la 4ème de couverture, tout ça parce qu’ils n’ont pas trouvé mieux que Clair de Lune ou Carabas pour être publiés (vous noterez que je ne reviens pas sur l’affaire KSTR et Vilebrequin, ce serait trop facile). Et là je me mets à la place de ces mêmes personnes, qui voulaient être publiées à tout prix, allez, tant pis si c’est pas Delcourt ou Dupuis (ou Les requins marteaux ou Cornelius pour ma part (*hint hint*)), on saute quand même dans le wagon, y’a pas de raison, la Bd c’est une grande famille, on se retrouve tous à Angoulême et à Saint Malo, tous sur le même pied d’égalité, bon il est où celui qui s’habille comme Philippe Vandel et présente une émission sur la Bd ?

 

J’avais une idée de projet, d’ailleurs. ‘Faudrait que je me repenche sur la question. J’attends qu’un éditeur se manifeste et me passe une commande pour un livre génial de 200 pages, avec illustrations (‘bonjour monsieur le libraire qui se cache, nous vous trouvons super, mais invendable, merci de nous fournir des illustrations de Bilal libres de droit, à mettre sur la couverture’). Mais pas n’importe quel éditeur. J’ai une black list. Je serais curieux de savoir si je m’y tiendrais.

 

 

Donc depuis jeudi : Hard Revolution (Pelecanos), Chroniques martiennes (Bradbury), L’oiseau d’Amérique (Tevis) et Le gaucho insupportable (Bolaño)

Par Le libraire en question
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Vendredi 3 avril 2009

‘Bonjour Monsieur !’

 

Je suis toujours étonné de la capacité qu’ont certaines personnes à être enjouées et alertes dès les premières heures du matin (oui bon ok il est 10h30, mais pour moi c’est l’aube, surtout avec l’heure d’été. D’ailleurs, là où les enfants ont besoin de trois jours pour s’adapter, moi il me faut un bon mois). En même temps, la dame prête à organiser un dîner dansant de gala pour 300 personnes avec buffet à volonté si j’en crois son enthousiasme, semble d’un certain âge, et si j’ai tout bien compris au métabolisme humain, les vieux (pardon, les personnes âgées) ne dorment quasiment plus (comme les dauphins. Me demande si y’a une théorie à en tirer)., ergo ne peuvent être fatigués. Pratique.

 

‘mmmnjour’ réponds-je, tentant de garder les yeux ouverts, car il paraît que c’est très malpoli de parler à quelqu’un en baillant et en fermant les yeux (alors que j’ai de très belles dents (comme les dauphins)).

‘Je cherche un manga pour mon petit-fils, j’ai tout bien noté sur un petit papier’

Je lui aurais bien répondu que c’était sûrement Naruto, pour lui montrer qu’elle n’était pas rentrée n’importe où, qu’ici je suis super fort, je peux deviner ce qui est écrit sur un bout de papier au fond d’un sac à main. Seulement voilà, mon cerveau n’est pas encore bien raccordé à quoique ce soit et est en mode Paresseux

‘Voilà ! alors il me faudrait le manga #5 s’il vous plaît’ dit-elle, ragaillardie par le sentiment du devoir accompli (je vous l’avais bien dit que c’était pas bien compliqué les filles ! dira-t-elle au club des amatrices de tuning tout à l’heure)

‘De quelle série madame ?’

‘Eh bien le titre c’est manga’

Elle a dû se dire que c’était comme du parfum, que je dormais avec, qu’il suffirait de me le demander, que je répondrais que oui bien sûr madame, le manga #5, c’est pour offrir ?

Je lui raconte donc la vie (la belle vie qui coule dans nos veines), que c’est comme si elle me demandait ‘le roman avec 300 pages’, nous rions en cœur (enfin surtout elle, mes zygomatiques à moi dorment encore), elle sort passer un coup  de fil (j’aurais parié qu’elle avait un portable. Sûrement un blackberry), revient, m’annonce le titre du manga, s’excuse tout plein, dit ‘oh la la moi alors’, paie et s’en va (j’ai été surpris de voir qu’elle n’était pas venue en rollers).

 

Et moi ça y’est, je suis réveillé.

Et de bonne humeur.

Avec une curieuse envie de faire une recherche google images sur Marilyn Monroe.

Par Le libraire en question
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Jeudi 2 avril 2009

Ce matin je suis de très bonne humeur. Et pourtant j’ai un peu l’impression que c’est la journée mondiale du boulet, ils défilent les uns après les autres, eux n’ont pas besoin de petit papier, toutes leurs questions sont gravées dans leur tête tel un calendrier perpétuel. ‘Mercredi 1 Avril : demander quand sort le Naruto, en profiter pour demander si le dernier animé à la mode sortira bientôt en manga, prononcer le titre en japonais de préférence, se gausser intérieurement du fait qu’un soi-disant pro du manga ne connaisse même pas ce nom’. Je vérifie cette information à l’instant même (après tout on sait jamais, et si c’est la journée mondiale de l’endive râpée, je pourrai toujours me dire que je suis pas tombé bien loin), et du coup je me délecte de quelques unes de ‘nos’ journées mondiales :

 

2 Février : Journée mondiale des zones humides (doit y avoir un truc super drôle à ajouter, mais je trouve que ça se suffit à lui-même)


21 Février : Journée internationale de la langue maternelle (ce jour là, tout le monde se réunit pour parler dans sa langue, c’est un bordel incroyable, on se croirait dans une pub Benetton)


20 Mars : Journée nationale de la courtoisie sur la route (ce jour là, tout le monde se klaxonne, mais pas pour s’insulter, ce qui n’empêche pas quelques malentendus, tout le monde n’est pas au courant de ces journées spéciales)


21 Mars : Journée internationale des forêts (elles se font belles, on les sort, elles font la fête sans que personne n’y trouve à redire, et après on les raccompagne)


8 Avril : journée nationale du fromage (elle n’est pas mondiale, tous les autres s’en fichent du fromage, ou alors ils ont pas réussi à se mettre tous d’accord sur une date, du coup on boude dans notre coin). A noter qu’elle suit la journée mondiale de la santé, j’aime bien la coïncidence.


23 Avril : journée mondiale du livre et du droit d’auteur (j’espère que l’UNESCO en profitera pour m’en verser (des droits, pas des livres, ceux-là c’est bon, j’ai ce qu’il faut), y’a pas de raison)


3 Mai : journée du soleil (elle fait partie des bien débiles, celle-là, mais bon ok, ils ont dû ne vouloir vexer personne, surtout pas le soleil, surtout après ce qu’il a pris dans la gueule quand il a décimé tous ces ptits vieux en 2003)


27 Mai : fête des voisins (moi j’en ai pas, donc pas besoin de préparer de quiches, je suis sauvé, je suis incapable de faire des quiches moi)


Le 26 Juin, jour de mon anniversaire (notez le bien), j’ai carrément droit à deux journées pour moi tout seul. Je n’en demandais pas tant. Même si elles sont pas super funky :   Journée internationale contre l'abus et le trafic illicite des drogues et journée internationale pour le soutien aux victimes de la torture


11 Juillet : Journée mondiale de la population (au moins, personne se sent exclu)


28 Septembre : Journée nationale du petit déjeuner (là théoriquement on me demandera pas de faire des quiches)


11 décembre : Journée internationale de la montagne (manque la plage et c’est bon, on a fait le tour)

 

Bon et donc, ma journée du boulet, dans tout ça ?

Voyons.

 

1er au 5 Avril : semaine du développement durable.

Ah

Ça doit être ça, l’ironie

Je termine Un Week-end dans le Michigan et j'enchaîne avec Vies Cruelles (Lorrie Moore)

Par Le libraire en question
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Mercredi 1 avril 2009

C’est la CRISE.

Je le mets en majuscules, pour être bien sûr que tous ceux qui cherchent la solution à cette dernière se retrouveront sur mon blog, convaincus par la suite que bon sang mais oui, achetons des Bds, c’est l’avenir de l’humanité, une bien meilleure valeur refuge que l’or.

 

J’ai presque honte de l’admettre, mais je vais m’en débarrasser en début de note, comme ça ce sera fait, mais ça me fait penser à un calembour douteux : aujourd’hui j’ai cassé ma ceinture (non je suis pas gros, c’est juste que….ouais bon ça va hein), et j’ai dû la raccourcir (c’est super chiant à couper au cutter, d’ailleurs, le cuir). C’est ma façon à moi de me serrer la ceinture.

Hilarant non ?

(ceci est un bon exemple de question rhétorique, merci de ne pas répondre).

 

Je rassure tous ceux qui s’inquiètent, qui me voient déjà mettant la clef sous la porte, dépité, découragé, la tête baissée et le sac traînant par terre : moi ça va. J’ai pas trop à me plaindre. Tout ce qui est culturel (même la Bd, c’est dire) se porte pas trop mal, moi y compris.

 

Par contre, et c’est un peu là où je voulais en venir, j’ai bien l’impression que les écrivains de notre pays la subissent de plein fouet. Alors même qu’on a jamais autant publié dans ce pays, je me retrouve régulièrement avec tout plein de manuscrits dans ma messagerie ou d’invitations sur Facebook. Après tout, on sait jamais, des fois que je prenne le temps d’imprimer, de relier, de lire, de passer les dix premières pages, de trouver ça pas trop mal, de contacter l’auteur, de lui dire qu’il/elle est super, que ok, j’accepte de l’éditer sauf que pardon, j’ai oublié de vous préciser, je suis pas éditeur, moi je vends des Bds, et j’ai pas mes entrées chez Robert Laffont (surtout depuis qu’ils font plus de Bds), le conte de fées ne commencera pas avec moi. Il faut avoir sacrément la foi pour se dire que balancer son manuscrit comme ça au petit bonheur la chance peut apporter gloire et beauté. Il faut croire aux Petits poneys (je parle de ceux trop chouettes avec des arcs en ciel, pas ceux tout quelconques qui font des tours de manège) pour s’imaginer un seul instant qu’inviter plein d’éditeurs à rejoindre son groupe créé autour de son livre pas encore publié à titre d’auteur mais ça ne saurait tarder, j’attends de rassembler l’argent que me doit mon oncle Charles, suffira à se faire remarquer. Je ne me souviens plus des chiffres exacts, mais il me semble qu’un ‘gros’ éditeur va recevoir une dizaine de manuscrits (enfin tapuscrits) par jours, et en publier environ 5 (de ceux reçus par la poste) par an. Suis pas très fort, mais ça fait moins d’1%. Autant faire médecine. Ou autant faire de la Bd, au moins on a pas besoin de savoir écrire (et hop, une attaque gratuite), on a même pas besoin d’avoir une histoire, il suffit d’être entouré d’un bon dessinateur qui sait reproduire parfaitement une poitrine féminine (de préférence) sur une couverture criarde.

 

En tout cas, c’est fou ce que les Français peuvent avoir à écrire (apparemment, 6% d’entre nous ont un manuscrit publiable quelque part). Est-ce que j’écris, moi ?

 

J’étais plongé dans ces réflexions philosophico métaphysique, me demandant pourquoi on me proposait pour la cinquième fois de la journée de rejoindre le groupe de la communauté de l’anneau du secret de la forêt magique (je change à peine le titre), après avoir cherché frénétiquement la petite croix à côté du nom du fautif qui allait être rayé de ma liste de chouettes copains virtuels (c’est rédhibitoire. Ça et les statuts du genre ‘allez l’OM on est les plus forts FORZA LOL’), lorsque deux jeunes gens ont fait leur apparition. Je passe sur les détails, qui sont archi pas passionnants, mais deux choses m’ont marqué parmi les bribes de conversation :

 

‘J’ai déjà vu huits (sic) épisodes’, avec la liaison, évidemment

‘de toute façon j’ai que vingts (sic) euros’ (bis)

C’est tellement la crise qu’on en arrive à mettre des s partout où il n’y en a pas, pour avoir l’impression de démultiplier à moindre frais.


Bon, j’ai bien mis un interligne double moi sur mon manuscrit ?

 

 

 

Donc niveau lecture, de Jeudi à Lundi ce furent les trois derniers tomes du Lion de Macédoine (j’ai tenu, et bien aimé, même si les parties avec les centaures et farfadets dans la forêt étaient gonflantes), et là j’ai commencé Un Week-End dans le Michigan (Richard Ford)

 

 

Par Le libraire en question
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Dimanche 29 mars 2009

Je sais, ça va paraître incroyable, mais parfois j’ai rien à dire. Je sais aussi que j’ai déjà fait le coup et que ça ne m’empêche pas d’en pondre une tartine, le tout après tout c’est de se lancer, mais là franchement j’ai pas une seule anecdote qui me vienne à l’esprit. Et comme nous sommes Dimanche soir et que je ne peux décemment pas vous laisser plus de trois jours sans nouvelles, je vais m’abaisser à donner dans le marronnier bloguesque. Et je m’en excuse d’avance.

Mais comme disait ma grand-mère en me servant de la soupe de choux de bruxelles :

‘Arrête de faire la gueule, c’est mieux que rien, de mon temps, pendant la Commune, on bouffait des rats, alors t’arrêtes’

(il se peut que j’invente tout ou partie du dialogue et de toute façon ma grand-mère n’est pas si vieille que ça, ou alors si elle l’était, elle se souviendrait pas de la Commune, du coup ça tient pas cette histoire, faut que je trouve autre chose).

 

Je m’en vais donc éplucher les mots clefs qui ont mené à mon blog.

Oui je sais, c’est lâche, c’est facile, mais c’est la vie, vous avez qu’à ne pas m’aimer autant.

 

Bon je passe sur tous ceux qui tentent de me trouver en tapant dans google ‘le libraire se cache dans quelle ville’, ‘magasin du libraire se cache’ ou encore le pas mal redondant ‘qui se cache derrière le libraire se cache’ (cela dit, après tout, on sait jamais, je vous l’accorde, mais bon quand même).Allons directement au plus dérangeant.

 

Forcément, avec un titre pareil, je cherche un peu. J’attire tous les suicidés ainsi que les suicideurs :

‘Comment mourir quand on est barbu’ (je l’aime beaucoup celui là)

‘thé pour mourir’

‘Armurerie les clés pour mourir’

‘chat qui fait semblant de mourire’ (sic)

‘comment faire pour mourir’ (a vrai dire celui là fait un peu froid dans le dos)

‘est ce que je peux mourir avec de l’alcool’ (ah, vive google, quand je pense qu’avant il fallait poser ces questions embarrassantes à ses parents…)

‘je bois quoi pour mourir’ (à mon avis, la réponse à  la question fut ‘du thé’, puis il/elle a tapé une autre recherche, est encore tombé€ sur mon site, et a laissé tomber, grâce à moi, j’ai sauvé une vie)

‘Les jolis mots pour quelqu’un qui va bientôt mourir’

‘poème pour une tante qui va peut-être mourir’

 

Sans oublier les vraies questions de fond :

‘Qui va mourir dans l’année’

‘Qui va mourir dans Plus belle la vie’

‘Site pour voir quand je vais mourir’

 

J’ai évidemment droit aux mots clefs sur les animaux, mon préféré étant :

‘où est ce qu’on trouve des toucans’

 

Un paquet de mots clefs à caractère sexuel, qui font aussi très très peur, et je fais tout pour ne pas imaginer le gros bonhomme bizarre qui se cache derrière son clavier (mon cerveau n’intègre même pas le fait que ça puisse être des femmes) :

‘tête du pénis ne gonfle pas’

‘encule belle mère dans les w-c’ (moui…)

‘ou trouver les gros seins qui se cachent’

‘shorts moulants dans cave’

etc.

etc.

etc.

etc.

 

Pendant deux jours il y a eu des recherches autour de la taille 1m68 (la mienne, soit dit en passant), du style :

‘1m68 c’est vraiment petit’

‘’Est-ce que 1m68 c’est une taille normale’ (j’espère que la réponse c’est oui)

 

Je me suis toujours dit que ça devait être super facile maintenant d’écrire une rédaction ou un compte-rendu sur un livre. Suffit de chercher sur Internet. Avant, les profs avaient simplement à vérifier qu’on ne recopiait pas les Annales ou ces livres qui vous faisaient un résumé détaillé d’une œuvre et de ses moments clefs. Maintenant, ils doivent vérifier que vous ne recopiez pas Internet. Et Internet, c’est vaste. Par contre, j’espère que les élèves suivants n’ont pas recopié mon blog, sinon ils risquent de se taper une mauvaise note :

‘Sujet pour tricher en physique pour 5eme sur le chapitre 5’

‘Rédaction de 6eme sur ce qu’on a fait pendant les vacances’

‘Où ranger ses antisèches’

 

Il y a aussi les incompréhensibles :

‘Le père de Naruto dans le livre est le numéro combien’

‘Le petit chien dans la vitrine est l’ecole des fans’

‘musique sans paroles qui va vite et qui ne va pas vite pour patinage artistique’

 

 

Et pour finir cet exercice un peu pénible pour tout le monde (quoique non, j’assume, y’en a des rigolos, et je suis toujours content de pouvoir rigoler), voilà du vrac, de l’inclassable. Je ne peux m’empêcher de me sentir coupable de ne pas avoir pu apporter de réponses claires et précises à toutes ces recherches (car franchement, ils ont tous dû être super déçu de se rendre compte qu’ils tombaient une fois de plus sur le blog d’un type qui raconte sa vie et ses journées, merci bien, comme si y’en avait pas assez comme ça, je vais pas non plus passer ma soirée à tenter de trouver du bain moussant, merde quoi).

‘Boutique vendant des Moon Boots’

‘Ceux qui se grattent la barbe’

‘Comment enlever un bip régulier en fond sonore sur mon Pc’ (alors là….)

‘Je me suis mise à trembler chez mon ostéopathe’

‘Mousse pour le bain monoprix’

 

‘Se faire passer pour un libraire pour acheter des livres moins cher’ (ah bravo)

 

Et une dernière.

Qui vaut le détour.

Et je souhaite bon courage au logiciel en question :

‘Logiciel ki li se ke j’aicri’

 

 

Par Le libraire en question
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