Où avez-vous atterri?

Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux.

Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça.

Syndication

  • Flux RSS des articles
Lundi 8 février 2010 1 08 /02 /2010 00:22

Comme je suis quelqu’un d’ouvertement généreux, j’ai un système de carte de fidélité. Enfin pas moi personnellement (je refuse d’être tamponné), mais la librairie.

 

C’est une pratique vieille comme le monde qui a pour but d’appâter le chaland en lui promettant monts et merveilles s’il revient régulièrement, monts sous forme de remise et merveilles sous ma forme à moi. J’ai évidemment tout un discours de près pour les éventuels nouveaux clients (une quarantaine par mois) durant lequel j’établis un contact visuel afin de m’assurer qu’ils (les yeux) sont remplis d’anticipation et d’étoiles filantes prêtes à exploser dans un déluge de feux d’artifices.

 

- Et surtout elle donne droit à des réductions, tous les dix achats vous avez 5% sur l’ensemble cumulé de vos achats précédents.

 

Et hop, l’affaire est dans le sac, les clients sont convaincus, ils vous donnent le bon dieu et leur adresse sans confession, se frottent déjà les mains à l’idée du bon d’achat providentiel et mettent la boutique dans leurs favoris sur leur Iphone et Gps afin d’y être conduits automatiquement et de se sentir comme Michael Knight.

 

Ça peut paraître rigide comme système, mais en vrai je suis la souplesse même et il m’arrive fréquemment de changer le compteur en fonction de ce qui peut éventuellement arranger le client (s’il lui manque quelques euros pour un livre tant convoité, notamment et qu’il en est à 8 ou 9 achats). Bref, un vrai mec sympa quoi.

 

Et ça paie, on m’aime, on revient, j’ai un taux de remise sur cartes assez important (autour de 3,6%), ce qui représente quand même pas mal d’argent au final mais bon hein, Dieu a inventé Jack Lang qui a lui-même inventé la loi, autant s’en servir et accorder ces 5%.

 

Sauf que de temps en temps, on m’apporte des cahiers de doléances remplis dans les marges, il y en a toujours pour râler, pour trouver que la carte de fidélité se remplit pas assez vite, que c’est pas juste, que dans ce cas autant acheter dix livres en dix fois en dix minutes que pff c’est l’arnaque, à la Fnac au moins c’est 5% automatiques (‘non, c’est uniquement si vous payez pour avoir la carte Fnac’ ‘oui ben même’) et blablablabla grumpl.

 

Il m’arrive d’être parfois légèrement irrité, mais s’il est bien une chose qui m’agace pour de vrai de vrai, c’est quand on critique ma super carte de fidélité. C’est un peu comme ceux qui me demandent si je fais la remise spéciale enseignants, comme s’ils avaient droit à des réductions automatiques comme avec la cantine. Les seules fois où je fais les 5% automatiques, c’est s’il manque quelques centimes à un ptit jeune pour son manga (évidemment avant ça je lui fais tout un sermon sur la valeur de l’argent, que la prochaine fois faudra qu’il économise un peu plus, que je vais pas toujours être là pour le rattraper par les bretelles) et si un client me passe une commande particulièrement élevée (si vous voulez dépenser 800€ chez moi, n’hésitez-pas, je ferai un geste commercial, promis, je vous donnerai même des marques pages). Et Samedi il y a eu une cliente qui m’expliquait très sérieusement que mathématiquement ça tenait pas debout cette histoire.

 

- Comment ça ?

- Eh bien si j’attends dix fois, c’est mathématiquement différent de si vous faisiez une remise tous les dix livres

- Ben heu non, mathématiquement c’est exactement pareil, sauf que vous aurez une plus grande remise au final, et comme ça tout le monde est mis sur un pied d’égalité. C’est une carte de fidélité, pas une carte Gold ou Infinite qui dépend de l’argent qu’on dépense.

- Si si je vous assure que vous avez tort, rétorque-t-elle, n’en démordant pas

- Après, je vous accorde que ‘tous les dix achats’ ça peut porter à confusion, simple question de sémantique.

- Oui voilà, c’est ce que je disais.

 

Va pour la sémantique. J’ai jamais été très doué pour le Français. Et encore moins pour les maths. De toute façon, quelque chose me dit que sa carte à elle va pas se remplir de sitôt.

 

 

 

Petit tour d’horizon de mes quelques lectures de ces derniers temps :

 

Le meunier hurlant (Paasillinna) : j’étais assez curieux et ma foi j’ai pas été déçu, même si ça reste anecdotique par rapport à ce que j’aime lire moi

Légende (Gemmel) : j’ai largement préféré Le lion de Macédoine, là c’est un peu trop banalisé dans des clous et pas super bien écrit mais bon, lecture agréable tout de même, il sait raconter une histoire le ptit père

Everything is illuminated (Foer) : j’avais déjà énormément aimé Extrêmement fort et incroyablement près, mais là c’est une dimension encore au dessus, il y a un travail sur la langue absolument hilarante et impressionnante, et une intensité dramatique qui prend les tripes. Je ne sais pas ce que vaut la traduction française, mais j’espère qu’ils se sont pas plantés.

Par Le libraire en question
Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires - Recommander
Jeudi 4 février 2010 4 04 /02 /2010 00:28

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais ça fait un moment que j’ai pas eu un client bizarrement étrange ou une requête qui méritait un détour par ici. Je les soupçonne de soit hiberner, soit m’éviter, soit attendre tapis sous un tapis le moment opportun, collectant en attendant des boules de poussière parce que bon, faut bien s’occuper.

Monsieur le directeur de l’INFL (bonjour) m’a expressément demandé de continuer ce blog, et je ferai donc tout pour que la source ne se tarisse pas de sitôt parce que comme disait l’autre : « ah, on est bien Tintin ».

 

Toujours est-il que je ne peux plus compter sur un apport volontaire extérieur. Enfin si, il m’arrive toujours tout plein de choses absolument incroyablement passionnantes, mais je vous cache pas que c’est un peu tout le temps la même chose et que j’ai beau avoir de la passion à revendre, j’ai peur qu’entre vous et moi ça ne s’effrite si je raconte toujours la même chose, et ça on veut pas, nous ce qu’on veut ce sont des nuits torrides qui se renouvellent quotidiennement, c’est se retrouver sous le lit un jour et sur la douche une nuit, c’est brûler des deux bouts (enfin d’un seul de mon côté, merci, c’est pas trop mon truc), c’est se regarder dans les yeux et se voir différemment à chaque fois, c’est porter un haut de forme un jour et une cagoule un autre, bref, pour que notre couple fonctionne, il faut éviter la routine.

 

Ce qui m’arrange moyen vu que la routine c’est un peu une règle de vie chez moi, mais bon hein, si la vie m’a bien appris une chose, c’est qu’une gonzesse (aujourd’hui vous faites la fille, et ça vaut pour les 50% d’entre vous qui vous rasez la moustache tous les matins) a besoin de distractions et de dimanches à choisir des fraises et des pommes dans un verger, tandis que moi, on me fout en charentaises devant un puzzle ou une Bd et je suis heureux (bon ok, ça c’est pas vrai, le dimanche je suis hyper actif, j’enjambe la vie à coups de pédales, si j’ose dire, je fonce droit devant, parfois je vais même déjeuner chez mes parents, je suis le fils du vent, l’ombre d’un volcan, je suis inarrêtable, vous me prendrez jamais à passer la journée en peignoir à rien glander (*tousse*)).

 

Et donc, on en vient à la fulgurance relative de mon propos, là où je veux en venir c’est que j’ai titillé un peu le destin, j’ai provoqué les dieux de la note de blog (pas ceux qui trainent du côté de chez Paquet ou Gawsewitch hein, les vrais Dieux, les omniscients, ceux qui contrôlent ma destinée passive) : j’ai accepté de prendre un stage d’une semaine une sorte de méga boulet qui a grandement besoin de mon aide et assistance. Le genre très boutonneux (ça arrive) faussement timide (ce sont les pires) et qui cache son mal-être derrière un humour incertain qui doit pas faire rire grand monde . Exemple :

 

Quand il est venu m’apporter ses conventions de stage après m’avoir appelé pour prendre rendez-vous (un appel tout en heeeuuuuuuuuuu interminables), j’étais pas particulièrement d’humeur à perdre mon temps et je lui dis donc que ah oui, t’es venu pour les conventions.

 

-Heuuu oui, j’espère que je les ai sur moi, répond-il pour faire son malin et montrer qu’on est potes

- Vu que t’es venu exprès pour, j’espère aussi pour toi oui

- J’avoue

- Oui c’est ça, avoue. Bon elles sont où ces conventions ?

 

Et là il a filé droit.

Je sais pas pourquoi, mais je le sens pas. En plus j’ai accepté de le prendre en stage non pour me moquer (suis pas un gros con à ce point, c’est pas encore une routine chez moi), mais parce qu’il a l’air véritablement passionné par le manga. Mais j’ai peur que son côté maxi boulet prenne le pas sur la passion.

Et ça c’est jamais bon pour un couple, même un couple en CDD.

 

Par Le libraire en question
Ecrire un commentaire - Voir les 15 commentaires - Recommander
Lundi 1 février 2010 1 01 /02 /2010 00:08

C’est bien mignon de raconter ma vie et des petites histoires gentillettes du quotidien de la vie de tous les jours d’un petit commerce de quartier pittoresque, mais tâchons de ne pas oublier que ceci est un blog sérieux, professionnel, sur le monde de la bande-dessinée.

 

Sisi

 

Et en tant que tel, je me dois de donner mon avis éclairé sur le palmarès d’Angoulême qui est tombé tout à l’heure tel un flocon d’avoine chaud sur le trottoir gelé des marronniers journalistiques. Soyez patients, ce n’est qu’un mauvais moment à passer, et puis c’est toujours rigolo de voir des gens se gameller en glissant sur des flocons, qu’ils soient d’avoine ou non, j’en ai fait l’expérience samedi matin. Vraiment rigolo.

 

Et donc pour rester dans la thématique du rigolo, le fauve d’or fut attribué à Riad Sattouf pour Pascal Brutal 3…

 

Je remets des points de suspension pour que tout le monde digère bien cette info : …

 

S’il fallait n’en retenir qu’une, cette année, si j’en crois le jury pourtant généralement relativement inspiré et dont j’avais trouvé la sélection conventionnelle-molle mais pas à côté de la plaque pour autant, ce serait Pascal Brutal tome 3, chez Fluide Glacial.

 

 

Voilà Voilà.

 

La bonne nouvelle c’est que mes clients vont pouvoir se moquer de moi et me lancer leurs mouchoirs sales à la figure (j’imagine qu’ils prennent ce qu’ils ont sous la main, ces sagouins), car j’affirmais avec aplomb et assurance que oui, parfaitement, ça va se jouer entre Alpha, Rebetiko et Blast, ma main à couper (couic), allez-y, achetez-les les yeux fermés, lisez-les les yeux ouverts, vous pourrez frimer auprès de vos propres amis tellement vous aurez tout compris avant eux. J’en étais presque à imprimer les autocollants annonciateurs tellement j’étais sûr de moi. Et là, puf, ils ont visiblement choisi d’en prendre un au hasard (ou par copinage, mais faut pas déconner quand même, ça fonctionne pas comme ça un prix), de faire plouf plouf pique nique douille et de me faire passer pour une andouille dans un tonneau.

 

Le seul point positif c’est que pour une fois, je vais pouvoir pester moi aussi contre Angoulême, dire à tous mes clients que mais ouais mais trop mais ouais c’est n’importe quoi pfff mais ouais et que heu oui non faut peut-être pas exagérer, les Aigles de Rome ça mérite pas un prix non. Alors ok, un palmarès c’est sélectif, un palmarès on s’en fiche, mais la particularité du Fauve d’or, c’est que c’est le seul album (normalement de qualité) qui est un tant soit peu médiatisé dans l’année, et je suis toujours heureux de vendre une Bd (normalement de qualité) à des personnes qui n’en achètent pas forcément beaucoup et qui veulent la mettre à côté du Goncourt (bien faire attention dans la bibliothèque de ne pas inverser les bandeaux, on passe pour un con sinon, ce qui est pire que de passer pour un cliché snob). Je risque fort de recevoir un mail de Flammarion me demandant alors, combien je vous en mets en plus du Sattouf, hein, vous avez vu comment on est trop forts ? Et je répondrai que nan, désolé, j’en prends pas en plus, je vais plutôt faire croire à mes clients que c’est le reste du palmarès qui est important, que c’est là-dessus qu’il faut se pencher. Oublions les noms des prix franchement ridicules (Prix regards sur le monde, Prix Audace, Prix intergénérations) et concentrons-nous plutôt sur la qualité des albums primés.

 

Rebetiko, Alpha, Rosalie Blum, Messire Guillaume, Dungeon Quest, Lou, Paracuellos…tout ça c’est tip top chouette, ça vous avez le droit de les lire, je vous y autorise.

 

Le prix des lecteurs Fnac-Sncf a été remis à Paul à Quebec. Alors je ne sais pas qui votait ni comment, mais en tout cas ils sont un paquet d’adeptes de la Fnac et de la SNCF à avoir lu un titre pas encore sorti en France (il sort dans un mois mais est sorti y’a presqu’un an au Canada). C’est très impressionnant. Mais bon, l’année dernière ils ont récompensé Diantre !, cette année, c’est La Pastèque, pourquoi pas, va pour des petits éditeurs, aussi peu crédible soit-ce.

 

Ah ! Et bon sang de bois, même si je pensais sincèrement que ce serait Larcenet cette année, ils ont quand même choisi un vieux pour être grand prix de la ville d’Angoulême. Mais v’la le vieux : Baru. Woohoo.

 

Et pour reprendre le cri de joie de Davodeau : Vive le président !

 

 

(Pascal Brutal Fauve d’or….n’importe quoi…)

Par Le libraire en question
Ecrire un commentaire - Voir les 17 commentaires - Recommander
Jeudi 28 janvier 2010 4 28 /01 /2010 00:39

Je ne sais pas si c’est l’hiver qui revient ou le printemps qui finalement s’éloigne, mais il y a une sorte de torpeur unanime en ce début de semaine, c’est quelque chose.

 

C’est la fin du mois, les soldes et les étrennes sont passées par là, plus personne ne vient me voir pour dépenser son bas de laine alors même que j’ai reçu tout plein de nouveautés qui prennent tout plein de place et qui ont enfin foutu dehors toutes ces vieilleries de l’année dernière. Place aux jeunes, que diable, vous croyez quoi, que vous avez une espérance de vie de plus de deux mois, allez zou, en rang deux par deux, mettez vous en piles et oubliez pas de pointer (‘that’s what he said’).

 

Je ferais bien des retours pour m’occuper (l’équivalent de se curer le nez quand on s’ennuie en voiture à un feu rouge), mais je n’ai plus de cartons vides. C’est trop bête. J’ai bien de la paperasse en retard mais pfff.

 

La dernière fois que je me suis senti aussi inutile sur mon lieu de travail, ce fut quand j’étais chargé, un été, de garder le musée local. Oui, parfaitement, j’ai été gardien de musée. La dénomination est d’ailleurs parfaite, car c’est exactement ce que je faisais : garder des murs. C’est pas comme si les visiteurs se bousculaient au portillon comme un matin des soldes. Ou comme un matin normal tout court tout bête, d’ailleurs. J’étais dans un no mans land au centre du triangle des Bermudes. Personne ne voulait voir mes estampes Japonaises (non, ce n’est pas une image douteuse, je parle de vraies estampes), pas même le club de bridge local. Moi qui avais peur de m’y perdre parmi toutes ces réductions : réductions chômeurs, invalides de guerre, jeunes, pas jeunes mais presque, vieux mais pas trop, vieux mais plus pour longtemps, tarifs de groupe, tarifs spécial mercredi etc. Je me demandais même si j’arriverais à découper les coupons de manière parfaite. C’est que j’ai le souci du travail bien fait moi, comme vous avez pu maintes fois le constater ici même.

 

Enfin bon, le cadre était agréable, il faisait beau, j’étais un oiseau en cage au Japon, j’avais encore toute la vie devant moi et l’insouciance des cheveux qui poussent encore. Mais ça n’enlève rien au fait qu’il n’y avait rien à faire à part attendre. Pas même une machine à café où parler à mes amis imaginaires (j’ai une imagination débordante), car ces derniers ne sont évidemment pas autorisés à venir derrière le comptoir, il faut savoir poser des limites. Ma meilleure amie pendant ce mois fut ma fidèle gameboy. Et mon non moins fidèle Tetris. J’en ai fait décoller des fusées, moi, je peux vous le dire.

 

Qu’est ce que j’en ai fait d’ailleurs de cette gameboy ? Elle me serait bien utile, présentement, ce serait un peu plus retro-cool que de jouer à Bubble Spinner sur mon ordinateur, et je suis sûr qu’une foule se formerait à l’extérieur, agglutinée à la vitrine, retenant son souffle, une rumeur parcourant la ville : ‘y’a le libraire qui va faire décoller la fusée, venez voir !’.

 

La gloire tient à peu de choses.

 

D’ailleurs, en parlant de retenir son souffle, je pense que je vais me mettre à l’harmonica. Justement pour pouvoir jouer seul dans ma librairie quand vraiment j’ai trop le blues et qu’il faut que ça sorte. La classe quoi. Manquera plus que le porche et le sac à puces. Ça doit pouvoir s’arranger.

Par Le libraire en question
Ecrire un commentaire - Voir les 10 commentaires - Recommander
Lundi 25 janvier 2010 1 25 /01 /2010 00:33

Un père et sa fille.

Elle a 17 ans, il est en jogging.

Ce serait un beau tableau, sauf que visiblement quelque chose ne va pas,

Ils chuchotent, ils sont en désaccord

Et je n’ai pas

L’impression

Que c’est au sujet d’une Bd

 

J’observe de loin, commère prédateur

A côté de mon point d’eau, aussi appelé radiateur

(oui bon…)

 

Elle lui explique qu’elle doit d’abord bosser son bac blanc

Avant de penser à ses concours

Il lui explique qu’elle n’aura jamais ses concours

Si elle bosse pas en plus de son bac blanc

De toute façon tu n’as jamais voulu que je sois heureuse, crie-t-elle de ce désespoir typiquement adolescent qui vient du fond du cœur de la nuit

Et de son journal

Intime.

 

Tu crois pas que tu dramatises un peu ? rétorque-t-il du fin fond de cette sagesse typiquement masculine

Et là, elle choisit la facilité typiquement féminine.

Elle ne demande pas grand-chose, pourtant

Seulement de pouvoir faire du cheval le samedi

Avant ses devoirs le soir

Et de pouvoir sortir

Car elle a enfin des amis, des amis qui sont d’ailleurs d’accords avec elle

D’abord.

Elle ne veut pas choisir la voie qui lui a été tracée

                        Depuis toujours

Elle veut être libre de ses choix, pouvoir aller manifester avec ses camarades qui ont trop la haine contre le gouvernement

‘Un pas en avant, deux pas en arrière, c’est la politique du gouvernement’, m’attends-je à l’entendre scander d’un moment à l’autre tout en brûlant son soutien-gorge.

C’est qu’ils sont rudement forts en slogans

Les adolescents

A défaut de savoir précisément ce qu’ils foutent dans la rue à agiter des banderoles, un oeil sur leur montre pour pas rater le train du soir.

 

Mais il n’en est rien et elle choisit donc la facilité, comme je le disais

‘Je peux utiliser vos W-C s’il vous plaît ?’

Demande-t-elle entre deux sanglots

Et moi je ne puis rien refuser à des sanglots

‘Au fond du magasin dans la réserve, faites gaffe à la loutre’

 

Elle y est restée un moment

Un long moment

Se disant peut-être que son père

Et tous ses problèmes

Disparaîtraient par magie dans cet endroit merveilleux

Au gardien barbu beau barfait

Où tout semble possible, y compris une adolescence sans rébellion

Une adolescence avec des chevaux qui passent les concours à votre place

Et où le lendemain fait un peu moins peur

Que

La veille

 

Après une quinzaine de minutes

Le père faisant semblant de s’occuper à regarder des Bds d’aviation

Je lui propose d’aller voir si elle va bien

Quand-même.

Il y va en traînant les pieds et en ronchonnant des dents

 

Il revient avec elle, sans s’être pris les pieds dans les cartons

Prêt à assumer de nouveau son rôle délicat de père à la rue

Il me lance un regard complice, du type ‘vous savez ce que c’est, on passe tous par là’

Et mon regard à moi est plutôt du type ‘heu non pas moi pas trop débrouillez-vous’

Elle me lance un regard qui s’excuse de sa vie présente

Et d’avoir fait une mini scène dans la librairie

Elle voulait simplement acheter le dernier Lou

Restes de son adolescence passée

 

 

 

Côté lectures, j’ai lu le dernier Lorrie Moore (A gate at the Stairs). C’est toujours aussi plaisant, même en format long (j’ai tendance à préférer ses nouvelles), et même si là pour le coup elle se laisse aller à quelques clichés dommageables. J’ai enchaîné avec Le canal Ophite (Varley), de la bonne SF recommandable, puis avec Le Grand Meaulnes, dont j’ai beaucoup aimé la première partie.

Et là je suis en plein dans La conspiration des ténèbres (Roszak) qui est impressionnant d’érudition. Un peu trop même.

 

 

Par Le libraire en question
Ecrire un commentaire - Voir les 13 commentaires - Recommander
Jeudi 21 janvier 2010 4 21 /01 /2010 00:34

J’ai dû faire un coin Gainsbourg dans la boutique tellement les éditeurs ont décidé de surfer sur la vague et le sillons creusés par Sfar (c’est pas toujours très subtil, un éditeur, ça aime bien racler des fonds de tiroirs et faire dans l’opportunisme de bas niveau). J’hésite à mettre un choux en vitrine pour illustrer mon propos, mais j’aurais peur que mon humour légendaire ne passe au dessus d’à peu près tout le monde et que l’odeur n’incommode les livres autour (j’ai pas senti de choux crû depuis un moment, mais c’est pas si fort que ça, si ? De toute façon, je préfère la batavia et la feuille de chêne, même si oui, j’ai bien conscience que ça n’a rien à voir avec la choucroute qui  nous préoccupe, qui elle est bien à base de choux).

 

En tout cas, choux ou pas choux, on en bouffe du Gainsbourg et du Sfar, et chacun y va de son carnet sur le tournage, du carnet sur le pré tournage, des chansons illustrées en petit format, en grand format, en intégrale etc. Et moi-même, outre le fait que je ne me sente pas très bien, j’y participe en en parlant ici, c’est un cercle vicieux, on va jamais s’en sortir, au secours, qu’on m’apporte une cargaison de granolas, on risque d’y rester un moment D’ailleurs, si Gainsbourg avait fumé des granolas et bu du lait au lieu de ses gitanes, il aurait été tout aussi cinématogénique (j’ai moi-même l’air très classe et à la limite du génie quand j’en mange) et il serait là pour faire la promo aux côtés de Sfar et empêcher ma boutique de ressembler à un linéaire de supermarché tout en préservant la mode de la chemise en jeans.

 

Ah tiens, ça tombe bien, ça me rappelle une anecdote super intéressante qui va nous sauver de ce sujet rabougri. Figurez-vous que j’ai passé ma 6ème à New York. Eh oui. Généralement je le case dans une conversation pour impressionner les gonzesses (sans succès) avant d’enchaîner sur mon métier actuel (qui visiblement ne les fait pas rêver non plus, si j’en crois le regard embarrassé qu’elles adressent à leur verre en attendant que quelqu’un vienne les secourir). J’étais encore jeune à l’époque et je sifflotais du New Kids on the block alors que mes congénères se saoulaient à la lambada (j’arrive pas à croire que j’ai raté le phénomène lambada, je pense que ce fut déterminant dans mon futur, surtout que je suis revenu juste à temps pour le phénomène Felix Gray et Didier Barbelivien, donc bon). J’habitais dans le Queens et allait, insouciant, à Manhattan pour l’école, en passant par la case métro (le fameux métro de New York, celui qui fait peur, celui tout taggé pré-Giuliani) et devant une cinquantaine de fast-foods qui me tendaient les bras (on oublie jamais son premier whopper). Bref, tout ça pour dire, car c’est un peu là où je voulais en venir en racontant ma vie, que nous, là-bas, à l’école, à chaque récré on avait droit non pas de sortir dehors, car ça aurait été un peu le bordel vu que y’avait pas de cour de récré, que des rues avec des taxis jaunes et des vendeurs de bretzel, mais plutôt à un verre de lait et à des cookies. Généralement des Oreos, preuve du bon goût absolu des Américains en la matière. Et moi je le buvais, ce lait, persuadé qu’il était meilleur que le lait Français, que j’ai toujours détesté, sauf évidemment dans mes céréales Chocapics devant Pas de pitié pour les croissants. Mais c’est ça les gamins, ça se persuade que ça aime pas un truc juste pour faire son malin, sa forte tête, pour montrer que oh ça va, nous aussi on sait ce qui est bon pour nous, j’en ai rien à cirer de votre lait, puisque je vous dis que c’est pas bon, sauf avec les Chocapics et éventuellement avec de la grenadine dedans (je me demande comment j’arrivais à boire ça, d’ailleurs).

 

D’ailleurs, et ma capacité à passer du coq à l’âne tout en retombant sur mes pattes de velours me surprendra toujours, j’ai eu devant moi tout à l’heure un client qui m’a ramené une Bd. C’était Ernest et Rebecca, que je lui avais conseillé pour sa jeune fille, fan de Lou, en lui expliquant qu’allez-y, foncez, c’est super sympa chouette top, elle va adorer. Sauf que bah non, ça lui a pas plu du tout. Elle a juste regardé la couverture, a affirmé haut et fort que non, ça lui plaît pas, c’est nul, n’a même pas ouvert le livre, ne lui a même pas donné sa chance. C’est pas Lou, c’est conseillé par un monsieur à la barbe de trois jours mal peignée, c’est pas ce qu’elle avait en tête, c’est forcément nul. Saletés de gamins.

 

Ah, et au fait, si vous pouviez éviter de faire le lien entre mon dégout pour le lait et ma taille (corporelle, je précise) en dessous de la moyenne nationale, je vous en serais reconnaissant. Merci.

Par Le libraire en question
Ecrire un commentaire - Voir les 11 commentaires - Recommander
Lundi 18 janvier 2010 1 18 /01 /2010 00:54

Les libraires ont une réputation de gros glandeurs. Je ne sais pas d’où vient cette légende urbaine, mais il y a rarement de fumée sans feu, et j’imagine qu’ils sont un paquet à salir la profession en restant derrière le comptoir, un livre posé sur ce dernier, attendant d’hypothétiques clients qui ne viennent plus à force de ne pas trouver ce qu’ils cherchent, y compris quand ils ne le cherchent pas (c’est dire).

 

La question qu’on me pose le plus souvent, c’est ‘ça doit être génial d’être payé à lire toute la journée’. L’équivalent du ‘mais où trouvez-vous toutes vos idées ?’, posée généralement aux écrivains qui n’en ont pas. Si encore on me le demandait alors que j’étais pris la main dans le sac d’une Bd ouverte devant moi, mais non, même pas, c’est un sujet de conversation spontané. Je vais organiser un ‘vis ma vie de libraire caché’, vous allez voir si on a le temps de lire. Surtout si dans le même temps faut réponde à ses mails persos et trainer sur Facebook.

 

J’ai même des parents qui sont venus me voir samedi, en m’expliquant que leur fils voulait faire son stage de seconde à la librairie, mais qu’ils voulaient s’assurer qu’il allait être dans un vrai environnement de travail et qu’il n’allait pas passer sa journée à lire. Je pense qu’ils m’ont confondu avec un moine copiste, alors même que je commençais enfin à ne plus complexer à cause de mes pertes de cheveux soyeux et délicats. Je leur ai expliqué qu’avec les stagiaires, surtout les plus jeunes, c'est-à-dire ceux que je peux encore impressionner, j’étais un vrai tortionnaire. Ils sont repartis rassurés, leur fils allait être paré pour la vie professionnelle ardue à venir (tu parles) et n’allait pas devenir un beatnik libraire drogué glandeur loutrophile. Et désormais, je ferai passer des entretiens, histoire qu’ils comprennent que je suis pas un rigolo et que j’ai bien l’intention de faire d’eux des hommes (heu non, pas dans le sens de ‘that’s what she said’, vous m’avez parfaitement compris). Ou des femmes. J’ai plus souvent des jeunes filles en stage, d’ailleurs, pour la simple et bonne raison qu’elles sont souvent mieux organisées que les garçons et qu’elles ont l’intelligence de ne pas s’y prendre à la dernière minute. Et en plus elles ont toujours un surligneur et des stylos de différentes couleurs dans leur trousse, ce qui les prépare indéniablement pour le bac et pour des études supérieures.

 

Les autres ils finissent glandeurs. Comme moi. Surtout le dimanche, que Dieu a eu la bonne idée de rendre férié, pour que lui puisse se reposer, et que moi je puisse rester en peignoir toute la journée. Bien vu.

 

(Aujourd’hui je fais court, car Dieu m’a puni de l’avoir un peu trop copié, et du coup je me retrouve avec un mal de crâne injuste et phénoménal. Je ferai mieux la prochaine fois, promis. Enfin si je survis).

Par Le libraire en question
Ecrire un commentaire - Voir les 15 commentaires - Recommander
Jeudi 14 janvier 2010 4 14 /01 /2010 00:24

Allez, les jours rallongent pour de bon, Noël est derrière nous, j’ai viré la déco (généralement, je la laisse jusque Juin, par pure fainéantise, mais cette année j’ai décidé d’être un peu rigoureux et organisé, résolution qui devrait durer une bonne semaine à vue de nez), j’ai fait mes vingt cartons de retours et j’ai acheté une vingtaine de paires de mules et chaussons Marsupilami à proposer aux clients histoire qu’ils arrêtent de dégueulasser ma jolie boutique et qu’ils se sentent bien chez eux mais pas trop (sinon ils ont vite fait de mettre les pieds sur le comptoir, et il faut savoir tracer des limites). Je viens à l’instant d’avoir la vision de tous mes clients avec des chaussons Marsupilami aux pieds déambulant au milieu des nouveautés, et honnêtement ça vaut son pesant de houba houba. Moi évidemment j’ai le droit de cumuler chaussons et oreilles de Bill, mais c’est parce que je suis le grand (sic) chef.

 

Bref, la classe de neige est finie, tout a fondu ou presque, on va pouvoir passer au printemps (je parle de la saison, pas du magasin, plutôt vendre des séries complètes de la collection celtic chez Soleil que de mettre les pieds là bas, c’est dire) et fermer l’atelier fabrication de bonshommes de neige que j’avais installé au fond de la librairie pour m’occuper entre deux cartons. Atelier qui aura eu le mérite de révéler au monde entier ma médiocrité en la matière (je suis pas manuel du tout), moi qui étais pourtant persuadé d’avoir le génie créatif de Calvin. De toute façon, c’est pas plus mal que ce soit la fin des sports d’hiver, car j’ai toujours été nul, et j’aime pas être nul, c’est un coup à me dévaloriser à mes propres yeux, et c’est pas le moment de déprimer, le printemps arrive.

 

Je suis en phase avec la nature, mais sans être pour autant fils de la montagne, où je n’ai pas souvent mis les moon boots.

 

La première fois, j’avais sept ans, je découvrais à peine la cruauté des filles et l’imbécilité des garçons et surtout, surtout, j’avais l’air totalement ridicule dans ma combinaison de ski, et j’ai des photos qui le prouvent, au milieu de mes camarades, compagnons d’infortune de cette classe de neige dans laquelle on m’a collé de force. Alors au début c’est rigolo, on fait le chasse neige, on fait de la luge sur des sacs poubelle, on fait la chasse au dahu, tout ça est bon enfant, finalement c’est pas si impressionnant que ça, la montagne. Jusqu’à ce qu’on m’explique qu’il faut passer une bonne nuit reposante car demain, on passe le flocon, ça plaisante plus, faut être en forme. Je venais de passer mon canard à la piscine, j’étais ceinture blanche deuxième dan au judo, j’étais une machine de guerre sportive, rien ne pouvait m’arrêter, j’avais la compétition dans la peau, j’allais le bouffer le flocon moi et impressionner les gonzesses (j’allais passer encore trois années en école primaire, il n’était pas trop tôt pour s’imposer, c’était là que tout se jouait).

 

Sauf que j’ai un peu ripé. Oh j’étais prêt et motivé, je me voyais déjà arborant fièrement mon premier flocon, en attendant la légion d’honneur, sauf qu’il y a eu un impondérable que je n’ai pu pondérer : ma vessie. Et une vessie enfermée dans une combinaison de ski non adaptée aux envies pressantes, c’est redoutable. Et fort peu pratique dans les conditions de la compétition. Bref, je tortillais à fond les ballons, impossible de me concentrer, j’ai bien foiré mes planter du bâton, pas réussi un seul slalom (je ne me souviens plus exactement ce qu’il fallait faire, je sais qu’un chrono était en place, mais le reste est assez flou. En tout cas, sachant qu’absolument tout le monde sur terre a son flocon, y compris où il n’y a pas de neige,  je serais tenté de dire que c’est pas bien sorcier), et résultat des courses, j’ai pas eu mon flocon. Pour bien nous apprendre que l’important c’est de participer (tu parles), j’ai tout de même eu droit à un petit machin à accrocher à ma veste : un nounours. Mais le nounours, c’est un peu la honte, c’est annoncer au monde entier qu’on a même pas réussi à passer le premier niveau, un peu comme si on vous retirait la ceinture blanche de judo pour mettre des bretelles à la place.

 

Et il est très difficile d’impressionner dans une cour de récré avec des bretelles, croyez-moi.

Par Le libraire en question
Ecrire un commentaire - Voir les 13 commentaires - Recommander
Lundi 11 janvier 2010 1 11 /01 /2010 00:37

A la base, j’allais vous faire tout un discours à propos de mes goûts, de l’affirmation de ceux-ci, et qui je suis d’abord pour juger une œuvre, et je peux pas me contenter de vendre une Bd sans ajouter mon grain de sel, comme si mon avis était plus important qu’un autre (il l’est) ? Oui, parfaitement, je revendique le droit de dire ‘c’est de la merde’ et non ‘j’aime pas’, même si ce dernier est forcément sous-entendu, bande de moules (je parle à tous ces censeurs coincés  de forums internet qui comprennent pas qu’on peut rester poli, courtois, et quand même manier la rhétorique avec un ‘d’la merde’ inspiré). Non seulement je m’éloigne, mais en plus je radote, vu que j’ai déjà parlé de ce sujet.

 

Du coup je vais plutôt me concentrer sur la petite vieille qui vient d’entrer dans la boutique. J’ai un peu honte parce que la librairie est franchement dégueulasse. La faute à la neige, qui certes apporte beaucoup d’animation dans la rue car je suis témoin de gamelle sur gamelle malgré les démarches de pingouins des personnes qui ont eu le courage de sortir de chez elles, mais qui aussi, de toute évidence est composée majoritairement d’eau. Et j’ai beau passer la serpillière dix fois par jour, ça ne suffit pas, c’est une vraie pataugeoire là dedans, et en plus ça craque sous le pied. Et quand ça craque sous le pied, vous savez qu’il est temps de laver par terre. Et moi j’aime bien que ma librairie soit propre et bien léchée (c’est une image, j’évite autant que possible de mettre ma langue sur le carrelage, c’est pas trop mon truc). Vous en connaissez beaucoup, vous, des jeunes hommes bien élevés, au sourire enchanteur, aux ongles immaculés et à la mise en plis irréprochable qui recevraient une grand-mère dans une librairie au sol tout crade ? D’où mon embarras. D’ailleurs, ma mise en plis a toujours été hasardeuse voire inexistante, mais ça a toujours été compensé par un sol super propre, pour détourner l’attention.

 

Mais je suis un pro, je peux mettre de côté tout ça, ou est-ce que j’ai foutu mes sachets de thé et mes langues de chat, moi, bonjour, je peux vous renseigner ?

 

Elle m’explique qu’elle n’est pas du coin, que généralement elle achète ses Bds ailleurs (ça commence bien, la garce). Elle aperçoit mon ‘coin Angoulême’ et me dit qu’elle a pris le Sfar pour son fils l’autre jour, sur conseils du libraire (moui), et qu’elle va faire un petit tour dans ma charmante librairie (qui craque et qui a du mal à cacher l’absence de thé pour l’accueillir convenablement, surtout que par ce froid, les personnes âgées sont plus vulnérables, il faut en prendre soin, n’oubliez pas de vous hydrater et d’acheter une clim’). Bon, ça va, elle nous trouve charmants (oui je m’inclue dedans, la librairie, c’est moi, pour paraphraser l’autre roi du soleil), je peux me relaxer et faire couler l’eau chaude saveur lavande, il faut vraiment que je lave par terre (et curieusement j’ai envie de prendre un bain, maintenant).

 

- Vous en pensez quoi, monsieur, du Pinocchio ?

Elle me montre la pile de Pinocchios sorti chez les Rêveurs, celui de Jacovitti. Je mets mon costume de monsieur loyal, et je pars dans une tirade inspirée, l’équilibre parfait entre volonté de vendre et de sincérité, oui, mon discours fut touché du doigt par une certaine divinité, y’a pas à dire, j’ai assuré comme une bête, c’est dans la poche, d’ailleurs elle boit mes paroles et paraît totalement satisfaite.

 

- Parfait, merci monsieur

Dans la poche, que je vous dis.

- J’ai bien fait de l’acheter ailleurs l’autre jour alors, le dessin me plaisait bien.

 

L’année va être longue, je ferais mieux de me le faire couler, ce bain.

 

 

J’ai donc terminé Ada ou l’ardeur, qui est bel et bien un chef d’œuvre absolu.

J’ai enchaîné avec Ikebukuro West Gate Park, qui est sympa comme tout malgré ses quelques défauts. J’en attendais peut-être un peu trop, je sais pas.

 

 

Par Le libraire en question
Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires - Recommander
Mercredi 6 janvier 2010 3 06 /01 /2010 23:34

Bon.

Alors de quoi je vais parler moi aujourd’hui ?


J’ai le choix entre les soldes (moui), la rentrée (bof), la rentrée des soldes (moui bof), l’inventaire (nan il s’est rien passé, juste des bips), les premières nouveautés depuis trois semaines (woohoo. Lisez Sutures, d’ailleurs, de David Small), Angoulême qui arrive (j’ai même fait un coin spécial dans la librairie, avec des résumés et tout et tout, histoire de compenser le fait que je vais virer la déco de Noël et que tout le monde sera triste car le temps avance inexorablement et qu’on est pas dans la merde, tiens. Pronostic qui vaut ce qu’il vaut : ça devrait se jouer entre Blast, Alpha et Rebetiko, et je mise un manteau en fourrure de loutre sur ce dernier), de mon meilleur client que j’ai pas vu depuis le mois de Mars dernier (et qui est quand même mon meilleur client sur l’année, c’est dire) et qui s’est repointé un anneau sur l’annulaire sur une main et une chinoise dans l’autre, ou encore de mon désir secret de voir réapparaître un jour des Dodos (Dodos Park ça a de la gueule, quand même).

 

Pas franchement de quoi écrire une note. J’ai aussi une trentaine de cartons de retours prêts à être empaquetés et virés de ma surface de vente. Généralement ça me gonfle un peu, de faire des retours, mais là pfiou, c’est la délivrance, je peux de nouveau baisser mon stock, virer ces coffrets et faire de la place pour les nouveautés à venir (Lisez Sutures). Ça va, on va pas passer l’année à célébrer Noël. Chaque jour qui passe nous rapproche de la prochaine date importante sur le calendrier : mon anniversaire. Mais il faut croire que c’est un épiphénomène, vu qu’aucun éditeur ne fait quoique ce soit à cette occasion. Ingrats (ne lisez pas Sutures, finalement, ils ne me méritent pas).

 

Un client se pointe, je sens qu’il va m’apporter joie, félicité et inspiration, et la santé surtout, oui, bonne année oui, meilleurs vœux, merci, vous aussi. Il fait un petit tour (son truc à lui, c’est les Bds pornos. Il va d’abord en feuilleter quelques autres ailleurs, histoire de faire diversion, mais vu qu’en feuilletant, il a les yeux qui se baladent vers les couvertures aguicheuses quelques mètres plus loin, il est pas très crédible), s’arrête un instant, fait mine de réfléchir (pas crédible non plus), revient vers moi, hésite un peu, prend son courage à deux mains (j’aime autant que ce soit son courage) et me demande s’il peut me poser une question. Je comprends toutes ces précautions, faut dire que je suis particulièrement impressionnant du haut de ma prestance et de mon mètre 68.

 

- Heu oui bien sûr, quesquispasse ?

- Je me demandais si ici on pouvait échanger des Bds ?

- Comment ça ?

- J’ai acheté une Bd l’autre jour, et je voulais savoir si je pouvais la remplacer par une autre ?

- Ah heu ça dépend, elle est abîmée, elle est malade, pourquoi vous voulez la remplacer ?

- Heu non juste comme ça, pour faire un échange, je m’en sers plus

 

Oui, il a bien dit ‘je m’en sers plus’. Information dont je me serais passé, vu le genre de Bd dont il s’agit (L’accordeur, si vous voulez tout savoir, c’est le titre de la Bd, et la couverture est un poème à elle toute seule).

 

- Je veux bien faire des échanges quand il s’agit de conseils, ou de doubles, ou d’abîmés, mais sinon nan, pas trop, ou alors je mets la clef sous la porte dans six mois, et ça on veut pas, ça coïnciderait pile avec mon anniversaire et peut-être, si mes prières sont entendues, au retour des dodos, et je voudrais pas rater ça.

- Oui je comprends. C’est vrai. Au revoir.

 

C’est ça qui est bien avec les clients, on peut être sûr qu’ils seront toujours là pour sauver une note de blog qui va nulle part. Ouf.

Par Le libraire en question
Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires - Recommander
 
Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés