J’aime beaucoup le samedi. Outre le fait que je vois deux à trois fois plus de monde qu’en semaine, que je gagne plein de sous, qu’a priori je n’ai pas de cartons à traiter et que j’ai en ligne de mire un superbe week-end de glandouille en perspective, eh bien en plus il se passe toujours des choses intéressantes qui me permettent tant bien que mal d’alimenter cet espace qui m’est gracieusement dédié. Je serais encore plus motivé si je me rémunérais, mais à moins d’accepter les pubs hideuses qu’over-blog ont vaguement tenté de m’imposer, je vois pas bien comment j’en retirerais un quelconque profit pécuniaire.
Vous avez toujours quelques paumés qui se paument par chez moi, sans trop savoir ce qu’ils font là et qui tentent de s’en sortir par une pirouette (‘ah vous vendez pas d’allumettes ?’), vous avez ceux qui ont réussi à persuader leur famille de venir en ville pour soi disant une promenade, mais qui vont laisser la poussette et la femme dehors en leur proposant de les rejoindre dans le parc plus tard, j’en ai pour une minute, je viens de me souvenir que heu…ouais, je vous rejoins plus tard et enfin vous avez ceux qui se sont levés de bon matin avec pour seul but de faire chier leur monde, de préférence les pauvres commerçants qui n’aspirent qu’à gagner plein d’argent en ce samedi de début de mois, mois qui s’annonce lourd en impositions et en redevance donc bon, mieux vaut faire le plein tant qu’il en reste.
Les habitués ne sont pas fous, ils savent qu’ils sont moins tranquilles le samedi et du coup préfèrent venir en semaine. Il est toujours plus appréciable de feuilleter une Bd (si possible avec des nichons tout nus tout fermes dedans) sans qui que ce soit qui jette un œil furtif par-dessus l’épaule (c’est pour ça que je ne prends plus les transports en commun, je ne supporte pas qu’on lise par-dessus mon épaule). Et en plus comme ça ils savent qu’ils peuvent m’avoir rien qu’à eux, que je ne vais pas expédier mes conseils précieux en cinq minutes et que peut-être, si vraiment je suis de bonne humeur et que j’ai fait des rêves étranges et pénétrants la veille (j’ai fait très attention à ne pas faire de coquille sur ce dernier mot), alors peut-être offrirai-je le café, et le libraire sait faire un bon café.
Résultat, je vois passer des gens de passage, certains seront irrémédiablement séduits par ma prestance et reviendront le samedi suivant, seront de nouveau subjugués et reviendront cette fois-ci en milieu de semaine, après être partis plus tôt du boulot exprès (là on peut raisonnablement affirmer que c’est gagné, youpi, un client de plus, je vais exploser mes ventes de Futuropolis) et d’autres passeront sans vraiment s’arrêter, sans sentir les fleurs de ma vie, si je puis dire. J’en ai même eu un hier qui visiblement ne sait pas trop comment ça fonctionne, une librairie, et qui s’est directement servi dans la vitrine, m’apportant la Bd au comptoir tout ce qu’il y a de plus naturellement. Je me demande s’il fait pareil avec la langue de bœuf chez le boucher. En même temps, ça prouve au moins que ma vitrine a produit l’effet escompté, c’est toujours ça de pris, j’ai l’impression d’être un as du marketing.
De toute façon je ne peux qu’observer et jalouser, vu que moi je ne peux pas baguenauder le samedi, être un passant parmi les passants, faire des bains de foule en apnée dans les magasins de fringues, juste comme ça, car oui, y’a pas à dire, on est mieux dans un magasin trop chauffé que dans l’air du parc trop oxygéné (mais attention hein, je fais le cynique pour jouer les marrants, mais faites pas les cons, venez quand même à la librairie, surtout le samedi. Je m’ennuie moi sinon).
Bon, rien ne va plus, ça fait quatre jours que je n’ai pas ouvert un roman, c’est le début de la fin. Mais là je m’apprête à lire la suite des aventures de ce cher Walt Longmire (Death without Company, de Craig Johnson), je pense que ça va me remettre sur de bons rails.

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