Où avez-vous atterri?

Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux.

Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça.

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Jeudi 9 juillet 2009

Chose absolument incroyable, même pendant ma pause bloguesque le monde continue de tourner et le temps de passer et la vie de suivre son cours. La plupart de mes clients ont eu leur bac (félicitations, tu veux le dernier D Gray Man du coup ? ‘ah heu non je l’ai pris à la Japan Expo, désolé’), tandis que d’autres n’ont su passer cette étape fatidique :

‘alors, tu l’as eu cette année ?’ demandé-je à une cliente qui le passait pour la deuxième fois

‘pfff non’

‘ah, t’as combien de points de retard ?’

‘Je sais pas, je suis pas admise au rattrapage’

‘ah’

‘ouais’

‘tu veux le dernier D Gray Man du coup ?’

 

Certains clients partent en vacance (‘allez, salut’), d’autres partent tout court (‘allez, sniff’), et certains reviennent (‘salut, vous vous souvenez de moi, ça fait 2 ans que je suis parti ?’ Moi je réponds que oui, car je sens bien que c’est la réponse attendue, mais à vrai dire j’ai beau creuser ma mémoire de pachyderme, rien ne vient. On n’a pas idée de changer à l’adolescence).

 

Et surtout, mine de rien, à y’est, c’est officiel, ça fait pile un an que j’ai lancé ce blog. Woopty doo. Si je l’avais sous la main, je mettrais bien un ptit smiley genre bonhomme vert qui secoue un petit drapeau pour commémorer cette date improbable. Il faudrait trouver un bon slogan à mettre sur le drapeau, ça se vendrait comme des petits pains, et nous serions des centaines de lecteurs de par le monde à secouer en rythme, ce serait grand, ce serait beau, ce serait ridicule, mais je fais avec les moyens du bord, j’ai pas pu louer le Staples center, je m’y suis pas pris au bon moment.

 

Donc on ressort les bougies magiques, on ressort les granolas, on prend chacun une loutre par la main (pour l’emmener vers demain, pour lui donner la confiance en son pas) et à trois on crie JOYEUX ANNIVERSAIRE parce que vous l’avez tous bien mérité

 

1…

2…

3…

JOYEUX ANNIVERSAIRE !! (parce que vous l’avez tous bien mérité)

 

Ah, que c’est beau un monde virtuel festif.

 

Pour tout dire, j’avais sérieusement songé à arrêter avant même de souffler la bougie. J’avais l’impression d’avoir fait le tour de la question, de me répéter, et puis j’ai plein d’idées de fins grandioses arracheuses de larmes (façon Six feet under ou Quantum Leap (oui bon ok, mais quand même)). Mais je me suis repris, rendu compte que j’avais encore un bon nombre de n’importe quoi sous le pied, que je vais pas m’arrêter comme ça, pas tant que j’aurai pas eu un article dans Cosmo et que je ne pouvais décemment pas laisser mes lecteurs au bord de la route en plein été sans même un bol d’eau gazeuse (je m’y suis mis y’a pas très longtemps, à l’eau gazeuse, et je dois reconnaître que c’est une invention merveilleuse, et pas que pour la rime. Je pense que j’avais peur de me transformer en Allemand et de me mettre à la charcuterie au petit déjeuner, mais finalement je suis heureux de mon choix. Sauf que, note pour plus tard, le Perrier Citron vert c’est bon, tandis que le Perrier Citron tout court ça a le goût (dégueulasse) d’efferalgan. Vous voyez bien qu’il m’en reste des choses passionnantes à raconter).

 

Bon allez, rendez-vous autour de ma table pour partager un gâteau au yaourt et smarties géant, ça va être super, et évitons de trop regarder en arrière, les premiers articles étaient vraiment pas terribles. Vivement les prochains.

 

Mais avant toute chose, vacaaaaaaaaaaaaances ! Que je vous souhaite bien bonnes. Nous nous reverrons vers le 20 Août, on parlera des truites qu’on aura pêchées.



 

 

Par Le libraire en question
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Lundi 29 juin 2009

Bon, les enfants, c’est pas tout ça, mais le mois de Juin touche à sa fin, il est temps de faire ses bagages, ranger ses mangas et mettre des Bds sous la table de jardin pour bien la caler.

 

Comme annoncé plus tôt lors de cette mémorable fête d’anniversaire incroyablement réussie (merci à tous, ça n’aurait pas été pareil sans vous), je fais une petite pause loin de tout loin de rien, pour vous revenir encore plus beau et encore plus bronzé.

 

L’été, tout tourne au ralenti, y compris mon cerveau, mais je prendrai des notes, je vous tiendrai au courant si je croise le chemin d’une nympho Suédoise qui cherche le parc Asterix et n’a plus qu’une chaussette suite à un pari perdu.

 

De toute façon, ces adieux déchirants ne sont qu’une façade, je serai de retour brièvement le 9 Juillet pour qu’on fête tous ensemble les un an du blog. Oh ce sera à la bonne franquette, je n’ai pas non plus les moyens d’une Miss Gally (coucou), mais cette fois-ci c’est moi qui apporte le Banga.

 

Un très bon été à vous tous, soyez sages et essayez de ne pas trop m’oublier, je suis un petit être fragile et délicat, j’ai besoin qu’on me frotte avec de la mousse senteur vanille de temps en temps.

 

Hop.


(ah, et sinon j'entame l'intégrale de L'ombre du Bourreau, de Wolfe, mais je pense pas que ça me durera tout l'été. Je vous ferai ma liste complète de lectures à la rentrée. De rien.)

Par Le libraire en question
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Vendredi 26 juin 2009

Ça n’aura échappé à personne, vous avez tous noté la date dans votre agenda en cuir de paon de Nouvelle-Zélande : aujourd’hui c’est mon anniversaire.

 

Eh oui.

Ça me rajeunit pas.

En plus là c’est un nombre pair, et je suis pas super fan des nombres pairs. 29 et 31 ans sont passés comme de la lettre à la poste un jour sans vent, alors que les 30 ans sont passés comme des orties fraîches et salées sur une plaie ouverte. Du coup je redoute un peu les 32, et c’est la raison pour laquelle je l’exorcise ici même depuis quelque temps, ce n’est pas (uniquement) pour qu’on me couvre de baisers et d’huile de jojoba et qu’on envoie Poème au 8 1212 pour me faire plaisir.

 

Bon, avant d’éventuellement rejoindre le Christ, je peux déjà aller plus loin que Keith Moon et John Bonham, tous deux morts à 32 ans, mais je risque rien, je suis ni batteur ni génial. Ah et là j’apprends que Michael Jackson y est passé, quelque chose me dit que ma grande fête va passer au second plan dans les médias.

 

Car oui, certes, ça reste un jour comme un autre, un jour vite passé vite oublié, mais là je sais pas pourquoi, je sens que tout le monde va être présent dès l’ouverture, qu’ils se seront débrouillés pour ouvrir le rideau métallique et les portes, qu’ils auront tout réarrangé la boutique et fait une farandole avec les livres qui se tiendraient par la main afin d’épeler mon nom et mon âge (ils font pas les choses à moitié, mes clients. Bon par contre faudra que je leur explique qu’ils ont pas à crocheter la serrure, même si c’est pour la bonne cause et que oui bon c’est sympa mais quand même ça se fait pas).

 

Et donc ils seraient tous là, mes boulets qui ont passé le bac, ceux qui ont tenté de passer le BEPC, ceux qui sont pas passés du tout, la nympho reviendrait bronzée intégralement d’Ibiza, les taciturnes ouvriraient la bouche pour me souhaiter mon anniversaire, ceux qui parlent trop auraient l’amabilité d’observer de longues minutes de silence, chacun partagerait ses meilleurs souvenirs de la librairie, chaque personne franchissant la porte et qui serait passée à côté de l’info principale de la journée (non, pas celle là, l’autre) se verrait remettre une loutre et un collier de fleurs et tout ça aurait un parfum de vacances et d’au revoir partagé.

 

Car oui, autant vous prévenir tout de suite, il n’y aura que très peu (voire aucune) mises à jours en Juillet et Août (sauf si vraiment il se passe des choses extraordinairement fofolles que je me dois de partager avec vous façon AFP). C'est pour mieux se préparer pour la saison 2, qui a été officiellement annoncée.

 

Bon allez, c’est pas tout ça mais faut que je m’entraîne à avoir l’air surpris et à dire que ooooooh mais il fallait pas et heu pourquoi y’a des croissants écrasés sur les livres ?

Par Le libraire en question
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Mercredi 24 juin 2009

C’est une technique qui en vaut une autre.

 

Agacés de me trouver constamment occupé avec d’autres clients et ne réussissant à dégager que quelques minutes avec moi (on ne se voit plus, on ne se parle plus, tu ne m’écoutes plus, j’étouffe tu comprends, j’ai besoin de sentir que tu es là pour moi, mais non, tu te disperses, tu en vois d’autres, tu me trompes j’en suis sûr(e)), et constatant que je suis d’un professionnalisme sans bornes, ils savent que je vais pas me barrer comme ça en éteignant les néons sur leurs mines déconfites sous prétexte qu’il est 19h pile et que le journal régional va pas m’attendre. Et donc, afin d’avoir la boutique pour eux tout seuls, ne pas buter dans les cartons de nouveautés (quoique s’ils veulent donner des coups dans ma pile d’Atalante, ils peuvent, ça me donnera une bonne raison de les retourner) ni dans les sacs laissés par les collégiens surchargés, voire les collégiens délestés eux-mêmes, eh bien ils débarquent fraîchement à 18h59. Comme ça ils sont sûrs de trouver de la lumière, de la chaleur et le grand soir.

 

Seulement, tout comme les grandes inventions arrivent simultanément à plusieurs endroits dans le monde, l’évolution de l’espèce est telle qu’ils sont plusieurs à y avoir pensé en même temps (honnêtement, avec une capacité d’adaptation pareille de la nature, je comprends super pas qu’on ne puisse plus avoir de Dodos domestiques, ils devaient vraiment avoir une cervelle de piaf). Et ce ne sont pas des clients que je peux vite expédier en leur expliquant que j’ai de la mousseline à faire chauffer et un psychopathe à la maison qui est probablement en train d’élaborer un plan pour attaquer les lapins du champ adjacent (j’ai rangé les outils bien à l’abri, mais on sait jamais). Ils demandent et méritent mon attention, d’autant plus que y’a eu plein de sorties cette semaine, je peux leur conseiller…heu…voyons…des agendas pour la rentrée, ça j’en ai plein. Les éditeurs se sont rendus compte que la papeterie marchait aussi en librairie spécialisée, et que le fan de fées, de mangas, de moto, du chat, des simpsons, encore de mangas, encore de fées était prêt à investir une dizaine d’euros afin d’afficher sa passion aux yeux d’une nouvelle année scolaire qui s’annonce et de ceux des camarades de classe qui si ça se trouve n’écriront même pas un mot dedans à la fin de l’année ou pendant les cours de maths de madame xxxx, ces ingrats (je me demande si, à l’ère du sms où chacun peut s’envoyer ‘t sup r jtd’ en plein cours, l’art du mot laissé dans l’agenda ne suivrait pas les traces bancales du Dodo (c’était peut-être con un Dodo, mais parmi les milliers d’espèces disparues, c’est la plus connue à égalité avec le Diplodocus, c’est toujours ça de pris, une petite victoire amère sur Darwin). Ce serait triste).

 

Alors me voilà à 19h45 à encaisser le dernier d’entre ces génies tactiques. Et plutôt que de me dire que tiens, je mangerais bien des pâtes aux courgettes ce soir, mes pensées vont vers la boule de poils noirs et blancs qui joue probablement en ce moment même à faire la tornade dans le salon, ou du surf sur le canapé à l’aide du couvercle de la poubelle (il a une imagination débordante).

 

Je fais la caisse rapidement et fonce chez moi (tout en respectant scrupuleusement le code de la route car je suis un conducteur modèle et que ma voiture ne me permet pas de faire autrement). Je m’attends à ce qu’il me saute dessus, ou à ce qu’il m’attende au moins à la fenêtre à défaut d’avoir préparé le dîner (l’imagination, c’est vraiment quand ça l’arrange), mais non, rien du tout, je suis vraiment pas apprécié à ma juste valeur dans ce ménage, de toute façon on ne se voit plus, on ne s’ entend plus etc etc. Et donc je l’appelle :

 

‘le chaaaaat, t’es ouuuuuuù ?’

Oui, je l’appelle vraiment ‘le chat’. Ça lui va très bien par ailleurs

‘ouais quesque tu veux, c’est l’heure de manger ?’

(elle est crétine sa question, pour lui c’est toujours l’heure de manger, mais je préfère ne pas répondre, il me cherche, je ne joue pas à ce pain là)

‘heu tu fais quoi là ?’

 

Parce que là, en fait, il est en train de se balader sur les chiottes. Et le problème quand on est un mâle vivant relativement seul, c’est qu’on ne baisse pas la lunette des W.C.. Et le problème quand on est un félin qui se la raconte, c’est qu’on a tendance à prendre un peu trop confiance et se croire le maître du monde sous prétexte qu’on est l’autre seul être vivant à 40m² à la ronde, sauf si on compte les araignées. D’ailleurs, s’il pouvait s’en charger, ça me rendrait service. J’ai pour habitude de ne jamais tuer les insectes et autres arachnomachins, mais d’un autre côté ça me gonfle de les pourchasser, de les attraper et de les mettre dehors où l’air frais leur ferait le plus grand bien et où ils pourront se faire bouffer par les oiseaux où les vers de terre, me souviens plus trop du schéma de la chaîne alimentaire.

 

Je sais juste que tout en haut de la chaîne se trouve le chat. Bien au dessus de l’homme. Qui en plus ramasse ses crottes et lui apporte un endroit frais où uriner. Je me demande vraiment qui est le maître de qui.


Le palais de l'amour (Vance)

Un dernier verre avant la guerre (Lehane)

Le dernier Homme (Atwood)

Par Le libraire en question
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Lundi 22 juin 2009

J’en ai des sujets parmi lesquels piocher ce soir dites donc. Entre le retour de la grippe cochonne en été, la fête de la musique, la fête des pères (qui comme par hasard tombent le même jour. Alors que le jour de la fête des mères c’étaient les élections européennes, avec forcément avantage aux mères. Suis certain qu’il y aura plus de monde dans les rues prêt à écouter des mauvaises reprises de Telephone dans le pire des cas et des Red hot dans l’à peu près meilleur que de monde qui s’est déplacé aux urnes) et Wimbledon, on peut dire que je suis gâté.

 

D’ailleurs dans le cadre de mon activité, celle qui nous intéresse ici, j’entends, car ce que je fais en dehors des quatre murs jaunis de la librairie ne regarde personne en dehors des milliers de lecteurs qui me suivent assidûment et qui se demandent encore à quel moment je vais arrêter de raconter ma vie et enfin commencer à donner mes coups de cœur Bd, dans le cadre de cette activité, disais-je, j’ai surtout été occupé par la fête des pères (de toute façon, mon activité en dehors n’a pas encore mené à ce que ma progéniture inexistante m’offre de la mousse à raser alors que je ne me rase pas et alors que je lui ai toujours appris que je n’aimais pas qu’on fasse des allusions sur mon physique. Pénibles ces gosses).

 

J’ai pas arrêté de faire des paquets cadeau toute la journée, samedi, alors que pour la fête des mères, rien du tout. Il faut croire que les mères vues par Pétain ne sont pas du genre à lire des Bds et il vaut mieux leur offrir une machine à pain, au moins elles se rendront utiles. Le père, quant à lui, a bien mérité sa Bd au coin du feu de Juin, les pieds sur la table et du pain dans chaque main (pas très pratique pour lire, mais il faut bien montrer à madame qu’on apprécie le geste). D’ailleurs je me demande si c’est pas pour cette raison que la fête des mères précède celle des pères.

 

Et j’ai fait de mon mieux pour conseiller femmes et enfants dévoués afin que ce dimanche soit une fête des plus réussies, que personne ne fasse la tête (‘c’est IRS que j’ai demandé bordel, pas Alpha, c’est pourtant pas compliqué, c’est la même chose mais avec un titre différent, qu’est ce qui m’a foutu des bras cassés pareils, en plus je vous avais dit de demander au libraire, il est super fort, sûrement le plus fort de tous tellement il est fort, d’ailleurs je songe sérieusement à l’inclure dans mon testament’). Beaucoup d’histoires de pirates (‘heu mon papa aime bien les pirates’), d’action (‘heu mon mari lit Largo quelque chose’) et d’érotisme (‘bonjour, votre rayon pornographie s’il vous plaît ?’), mais je pense que là on s’éloigne de l’esprit. Quoique.

 

Allez, c’est pas tout ça mais j’ai pas le temps de traînouiller, y’aura pas de cadeaux de dernière minute, je ferme pile à l’heure. C’est que j’ai un chat sur le feu moi.

 

Mais ça, j’y reviendrai…

Par Le libraire en question
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Vendredi 19 juin 2009

J’ai beau avoir reçu une palette de nouveautés avec du IRS dedans, dont le scénariste est d’ailleurs passé sur France Infos l’autre jour, car c’est sûr que c’est une série qui a besoin d’un coup de pouce média, j’ai donc beau être super occupé avec plein de problèmes de place à trouver pour tout ça (je sens que je vais faire de l’élagage de branches mortes), il n’empêche que j’ai l’esprit ailleurs.

 

Je ne suis pas tranquille.

Je ne reste pas en place et je regarde l’heure toutes les vingt secondes, alors que je ferais mieux de ranger le cutter plutôt que de le laisser traîner sur le comptoir, c’est un coup à ce que quelqu’un se blesse ou m’agresse et me demande la caisse (mais je digresse….oh oh oh).

 

Il y a bien eu le livre de Grand corps malade dans l’office Sodis de la semaine qui m’a sorti de mon obsession du jour pour me donner la nausée (oui, c’est une attaque gratuite, mais je supporte pas les offices sauvages, surtout quand ils impliquent un livre que jamais de la vie je ne mettrai en rayon même si on me promet un mois de glaces Italiennes gratuites en plein mois d’août), mais ça n’a pas suffit.

 

La raison est simple : j’ai en ce moment même, alors que je demande pour la 10ème fois de la matinée si le bac philo s’est bien passé (je crois que même moi j’aurais eu une bonne note avec les sujets de cette année), une chose qui arpente le carrelage et qui n’a rien à faire là en temps normal. Cette chose poilue noire et blanche est un chat. Dit comme ça, ça fait pas peur, je sais bien, mais il suffit de croiser son regard un bref instant pour se rendre compte qu’il est complètement psychopathe.

Des amis m’ont demandé de leur rendre ce service plutôt que de le laisser sur le bord de la route (il ferait un super chat sauvage, cela dit, il en a l’étoffe et les griffes), et moi j’aime rendre service, même si c’est une passion que je tente de garder pour moi, sinon on s’en sort plus. Pour toutes les femmes parmi vous qui souhaiteraient m’interviewer pour une place d’homme dans leur vie pour toujours, sachez que je suis plus chien que chat. Plus rien du tout, à choisir, mais si on me retirait ma loutre et qu’on m’obligeait à remplacer l’irremplaçable avec du canin ou du félin, je choisirais la bave plutôt que les griffes, le remuage de queue heureux plutôt que coléreux (très important, le remuage de queue heureux).

 

Ce matin, visiblement pas traumatisé par ce nouveau lieu inconnu pour lui, il a bien compris que j’étais mandaté pour le nourrir (il a été briefé), et que si les poules sont déjà en train de picorer, c’est donc que lui devrais faire de même. Donc le voilà, à six heures du matin, les deux pattes sur le bord du lit, à me fixer longuement jusqu’à ce que j’ouvre les yeux, ce qui constitue alors la première erreur stratégique de la journée.

‘Bon, t’es réveillé, parfait, m’en fiche de l’heure, tu te lèves, de toute façon t’as personne à bousculer, tu poses tes pieds nus sur le carrelage, t’es gentil t’enfiles un caleçon, j’ai vraiment pas envie de voir ça, et tu files ouvrir une boîte qui sent si bon de bon matin et tu la vides délicatement dans ma gamelle, merci. Et allez, suis pas bégueule, je vais même ronronner pour faire le chat mignon qui apprécie tes efforts’.

 

Et le reste de la courte nuit qu’il me restait, il a décidé de faire un programme sportif intensif et de s’entraîner pour le 60m départ arrêté dans le couloir. Sauf que le couloir ne fait pas du tout 60m. J’hésite à lui fabriquer de quoi faire du saut à la perche, ce sera moins dangereux pour le papier peint.

 

Je me demande bien ce que ça peut faire comme dégâts, en une journée, un chat psychopathe bien nourri. La semaine va être longue…

 

 

(s'il me l'a pas mis en pièces, je termine Gormenghast)

Par Le libraire en question
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Mercredi 17 juin 2009

Ah bah d’accord, il manquait plus que ça.

 

J’ai déménagé. J’ai fui. Je ne sors plus. Tous mes amis m’ont renié (bon ok, ça c’est faux, mes amis m’aiment, même s’ils ne savent pas toujours bien pourquoi, mais c’est pour appuyer mon propos). Je n’ai pas de page Facebook (enfin pas de page à mon vrai nom), pas de page myspace (idem), j’ai une page Copains d’avant, mais je fais très attention à ne jamais faire de recherches et ne jamais répondre aux requêtes, c’était une erreur de jeunesse, à l’époque j’étais ignorant, je sautais à pieds joints dans le monde virtuel, c’était la fête, tout était gratuit, Infonie existait toujours, l’adsl à peine, bref, l’insouciance. De toute façon je pars du principe que les gens que je ne vois plus, eh bien généralement il y a une raison pour ça et que ma foi c’est pas plus mal. Je suis un grizzly moi, j’ai besoin de calme, et quand j’hiberne j’ai pas le temps de répondre aux mails de ceux avec qui j’étais en cours d’Espagnol en seconde.

 

D’ailleurs, je fais une parenthèse rapide, mais en parlant de ça, j’ai en ce moment une stagiaire qui est en seconde. Et comme je suis super fort en maths, j’ai fait un calcul rapide et me suis rendu compte que moi-même j’entrais en seconde au moment même où elle entrait dans ce monde fabuleux. Je vais vraiment morfler moi pour ma crise de la quarantaine, surtout que j’ai les moyens de m’acheter ni une décapotable ni une blonde siliconée. Autant que je la fasse à 30 ans, ça me fera des soucis en moins pour plus tard, ça fait partie de mes résolutions de printemps : anticiper un peu plus.

 

Et pourtant la voilà qui vient d’entrer dans la boutique, de pénétrer mon sanctuaire ouvert à tous (faut vraiment que j’en fasse un club VIP), et malgré les années écoulées, je la reconnais sans difficultés. Oh certes, elle n’est plus de première fraîcheur, la trentaine ne peut pas aller à tout le monde, on sent que le nouveau millénaire à été lourd de conséquences, mais ce visage, dans son ensemble, est le même aujourd’hui qu’à 12 ans. Tous ces efforts en vain, et je suis pris en cage, je n’ai nulle part où aller, je peux pas mettre la stagiaire derrière la caisse, il est trop tôt et puis bon, on ne devient pas crédible en tant que libraire d’un claquement de doigts, la cliente se douterait que quelque chose cloche, elle serait sur ses gardes, exigerait des explications, demanderait à voir le directeur, et là je serais confondu et bien dans l’embarras. Le roi de l’anticipation, vous dis-je.

 

Il ne reste qu’une solution, confronter celle qui était, et c’est tout à fait légitime, je peux difficilement l’en blâmer, totalement folle de moi au collège : Virginie Pr****er. Mais il ne pouvait rien y avoir entre nous, car outre le fait que j’étais, déjà à l’époque, bassement intéressé par le physique avant tout et qu’elle ne répondait pas à mon cahier des charges, eh bien mon cœur (le corps ne répondait pas encore) appartenait à trois créatures de rêve. Pas de place pour une quatrième. Je sais, c’est cruel, mais c’était les années 90s, la menace liée au sexe à plusieurs pointait et Balavoine était mort depuis plusieurs années, on avait plus le cœur à rire et à batifoler. Ça ne l’a pas empêchée de m’envoyer une carte de la Saint valentin me demandant expressément si ça me dirait pas, par hasard, de sortir avec elle (j’adore cette expression, je trouve très dommage qu’on ne l’utilise plus après 18 ans, elle a un côté récré près du chêne avec l’appareil dentaire), carte qui fut interceptée par mes parents et lue à voix haute le jour de Pâques devant la paroisse réunie à l’église (bon ok c’est pas vrai, mais c’est l’impression que j’ai eue). J’ai rougi. Et je n’aime pas rougir, j’ai un grain de peau qui ne supporte pas cette couleur.

 

Je ne lui ai jamais répondu. Je l’ai tout simplement ignorée, car oui, déjà à l’époque pointait en moi ce talent psychologique délicat qui m’est tellement utile aujourd’hui. Oui, j’ai joué les ptits cons, mais les ptits cons avec une sensibilité exacerbée, la preuve, je m’en souviens encore.

 

Et donc elle se tient devant moi, la petite Virginie a bien grandi, ça va lui faire un choc de se retrouver devant moi, mais j’espère qu’elle a tourné la page, qu’elle a réussi à aller de l’avant malgré le handicap de ne m’avoir jamais eu.

‘Bonjour’

‘Bonjour Virginie’, réponds-je de ma voix grave qui en a séduit plus d’une au téléphone (et au téléphone uniquement)

Elle est toute interloquée, la pauvre, complètement choquée, j’y suis allé trop fort, j’aurais dû y aller plus doucement, faire le coup des mains sur les yeux, par derrière (si j’ose dire) suivi du ‘devine qui c’est !’. Mais là elle est de toute évidence rejetée vingt ans en arrière, une craie dans la main, à cloche pied jouant à la marelle, m’observant de loin tandis que je me la joue mec super cool contre le muret, discutant avec des amis qui ne me chercheront jamais sur facebook plus tard.

‘Heu on se connaît ?’

 

C’est le choc subconscient qui la rend partiellement amnésique, c’est typique, j’aurais dû m’y attendre

‘mais oui c’est moi, **** *******, on jouait à la marelle ensemble, sur un muret, avant facebook’

‘Ah bah oui tiens, je t’aurais jamais reconnu sans tes cheveux longs. T’as grandi, finalement?’

 

La double vengeance, la double monnaie de ma pièce.

J’ai mal, un peu.

Par Le libraire en question
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Lundi 15 juin 2009

Même vu de loin, ça ressemble vraiment à rien, y’a pas à dire, je suis vraiment une quiche (j’ai la flemme de compter mes pieds, mais ça ressemble fort à de l’alexandrin, je suis pas la moitié d’un Racine).

 

J’ai l’outrecuidance de penser que les études de libraires, ça sert pas à grand-chose (sinon se faire embaucher sur la base d’un diplôme, ce qui peut être un poil utile, c’est vrai), et je m’en excuse auprès des nombreux étudiants de la filière qui me lisent, et qui espèrent un jour être aussi beaux que moi ou au moins avoir un comptoir, ce qui serait un bon début. Et c’est d’ailleurs tout ce que je vous souhaite, mes escargots en peluche, en cette fin d’année qui approche. Bref, ces études ne servent à rien, si ce n’est qu’ils (les enseignants avisés) expliquent comment bien réussir une vitrine, même qu’il y a un examen pour être bien sûr que les futurs libraires diplômés ne seront pas à la rue comme moi à ce niveau là. D’ailleurs, je dis que ces études ne servent à rien pour la simple et bonne raison que moi je l’aurais raté, le diplôme, pour la raison quichesque sus évoquée, et que du coup je préfère me dire que c’est le cursus, et non moi, qui est en cause.

 

Ne jamais se dire que l’on ne sert à rien, telle est ma devise, telle est la devise de chaque libraire qui sommeille en nous, et il faut se la répéter constamment, y compris en plein mois d’août quand on se surprend à rêver que l’on vole sur le dos de la mouche qui tourne depuis tout à l’heure dans la boutique vide, et qui pourrait presque songer à déménager toute sa famille ainsi que ses futurs œufs tellement elle serait enfin au calme et jamais dérangée.

 

Bref, j’ai beau faire des efforts, j’ai beau me concentrer, tenter des trucs, mais rien n’y fait, je sais pas faire une vitrine digne de ce nom. Oh certes, mettre des couvertures avec des croix gammées et des nénés, c’est facile et à la portée de n’importe quel lémurien. Mais tout est question d’agencement et du petit truc en plus. Rajouter un vibro et des menottes pour une vitrine Péchés Mignons par exemple, ou ressortir sa maquette du porte-avions Charles de Gaulle sortie du sous-sol des grands-parents pour une vitrine cockpit (collection chez Paquet avec rien que des avions. Car outre les poitrines et les croix gammées, si y’a bien une chose qui se vend toute seule, c’est une Bd avec un avion sur la couverture. Ou un bateau. Et je soupçonne les éditeurs de l’avoir compris). Et moi, ça, je sais pas faire. De toute façon, il suffit de voir la déco chez moi pour s’en convaincre, j’ai un bon goût plutôt relatif et je tente vaguement d’agencer pour que ça ressemble à quelque chose, mais le résultat est aussi intéressant qu’un porte-avions.

 

Je suis incapable de visualiser quoique ce soit dans son ensemble et encore moins de l’imaginer. C’est très handicapant. D’ailleurs, si une demoiselle qui, après moult efforts, a réussi à me traîner dans un magasin avec elle me demande ce que je pense de cette robe en satin rose avec des pompons verts à l’effigie de Kimera, eh bien je ne saurais que répondre. Je bredouillerai un ‘je sais pas ma chérie, c’est toi qui vois’, tout en étant conscient qu’elles détestent ça, les gonzesses, elles ont besoin de voir qu’on a un avis, que l’on s’implique, que la garde-robe c’est important, sinon on sous-entend que tout ce qui nous intéresse, c’est de les voir sans habits, que l’on est des animaux, des rustres en rut et que c’est bon, j’en ai marre, raccompagne moi chez moi, c’est toujours la même chose avec toi et puis pourquoi tu portes pas les chaussettes que je t’ai offertes, elles te plaisent pas, c’est ça ?

 

Et encore, je suis plus doué avec les filles qu’avec ma vitrine. Dont je prends pourtant autant soin, lave vitres et chiffon à l’appui. C’est à n’y rien comprendre.


Titus d'Enfer (Peake)

Il est difficile d'être un Dieu (Strougatski)

 

Par Le libraire en question
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Vendredi 12 juin 2009

‘Bonjour !

‘mmjour’ réponds-je, comme toujours super bien réveillé en ce mercredi matin (on a pas idée de bosser le matin, et encore moins le mercredi). Cette capacité qu’ont les jeunes gens de ce pays à s’enthousiasmer de bon matin m’émerveillera toujours. C’est rassurant, cela dit, il vaut mieux ça que le contraire aigri qu’ils ont face à eux, mais bon, j’ai des circonstances atténuantes, je n’ai pas connu que le système scolaire avec obligation d’être debout et alerte à 7h, je sais qu’en vrai il vaut mieux se coucher au lever du soleil, se lever quand il est bien haut et ainsi arborer sans cesse un teint quelque peu livide, certes, mais gavé de souvenirs et d’un calme et sérénité qu’on atteint pas en se couchant avec les poules. Bref, comme dit le poète, monsieur JJ : Un matin, ça ne sert à rien.

 

Elles sont deux, pimpantes et étriquées dans leurs robes d’été (je me demande si les filles modernes se demandent mutuellement par sms ce qu’elles vont porter le lendemain, pour être bien sûres de ne pas dépareiller côtes à côtes pendant le cours de philo de quatre heures), les cheveux lâchés au vent, leur bonne humeur aucunement altérée par ces mêmes cheveux qui ont complètement frisé sous la pluie. Moi j’aime bien, ça donne un petit côté permanente des années 80s, on en fait plus des comme ça, sorties tout droit d’un clip de Cindy Lauper.

 

‘Alors voilà, on voudrait faire un cadeau à un prof qu’on adore, et on a pensé à lui offrir une Bd’

Je mise beaucoup, dans le cadre de mon activité professionnelle, sur ce genre de fulgurance. Il suffit que quelqu’un, quelque part (un ange venu de l’Olympe) convainque ses collègues que pour le départ de Pierrot il vaut mieux utiliser les 200€ récoltés pour lui offrir de chouettes Bds plutôt que de l’alcool et un stylo pour que ma journée bascule d’un coup d’un seul.

Je leur demande si elles ont quelque chose de vaguement précis en tête, et elles me répondent que comme il est prof d’Italien, une Bd sur l’Italie serait un super clin d’œil trop chouette (en vrai je crois qu’elles ont dit qu’il ‘kifferait’, mais je me suis toujours senti ridicule en écrivant ce verbe (ou le nom, d’ailleurs, pas de discrimination), du coup je paraphrase). Ma foi, ça se tient.

 

Mais là, elles n’ont pas le temps, ça va sonner, elles ne peuvent pas prendre le risque d’arriver en retard et de ne pas trouver une table vers le milieu de la classe (tout devant, c’est la honte, c’est pour les fayots, et tout derrière on entend rien, car quand même c’est important d’écouter en cours, surtout que c’est bientôt le bac, c’est chaud). Elles m’expliquent qu’elles repasseront le lendemain pour faire le choix parmi la merveilleuse sélection que je leur aurai concoctée grâce à mes doigts de fée, à mon intellect supérieur et ma sensibilité qui n’a d’égal que la blancheur éclatante de mes dents (là aussi, je paraphrase un peu).

 

Et moi, quand on me confie une mission, surtout quand il s’agit de remercier l’éducation nationale, je la prends sérieusement (that’s what he said). Car moi aussi, j’aurais aimé offrir des Bds à certains d’entre eux. Ça les aurait peut-être décoincés (après tout, y’avait pas de raisons à ce que je sois le seul à lire Rhââ Lovely en cours).

 

Je me suis donc creusé, j’ai fait l’actor’s studio, si moi j’étais prof d’Italien, qu’est ce que j’aurais envie qu’on m’offre, quelles sont mes aspirations, qu’est ce qui me motive chaque matin à enseigner à une bande d’ingrates en robes mal repassées, si j’étais un homme, serais-je vraiment capitaine d’un bateau, ou ne vaudrait-il pas mieux être directement général, aspirer à un peu de grandeur, que diable, je ne vais pas rester petit fonctionnaire toute ma vie alors qu’il y a de grands fonctionnaires qui peuvent partir à la retraite beaucoup plus tôt (perso j’ai vraiment hâte que le métier de libraire soit nationalisé). Bref, y’a quoi comme bonnes Bds sur l’Italie ? Je me suis renseigné auprès de mes quelques amis libraires compétents (on forme une petite communauté soudée, une vraie mafia, si quelqu’un avait eu l’idée de faire une Bd sur nous, j’aurais pu la leur vendre à ces deux demoiselles, elles auraient fait un tabac), j’ai noté leurs idées, j’ai dit que mais oui, vous avez raison, y’a ça aussi, bougre d’idiot que je suis, bon sang j’aimerais être à leur place à ces filles, qu’on s’occupe bien de moi comme ça, que moi aussi on me masse les pieds de ma culture et qu’on me fasse découvrir des délices inconnus.

 

Franchement, elles ont beaucoup de chance de m’avoir dans le coin de la cour de récréation, j’espère qu’elles s’en rendent bien compte. Grâce à moi, non seulement ce professeur se souviendra d’elles, la larme à l’œil, quand il posera son autre œil sur ladite Bd, mais en plus son esprit va être ouvert aux joies de la Bd de qualité, celle qui n’a pas besoin de trois couvertures différentes, ni d’un gros sticker ‘édition ultra limitée’ pour se faire remarquer (je n’ai rien contre Djinn, dont les couvertures contribuent grandement à ce que les mâles prolongent leurs visites dans la boutique, mais le coup des couvertures, ils l’ont déjà fait avec Les Chroniques de le lune noire, il faut passer à autre chose maintenant). J’ai ma sélection de six titres posée sur une table, attendant patiemment qu’elles viennent faire plouf plouf et pique nique douille devant ces choix Cornéliens.

 

Sauf qu’elles ne sont jamais revenues. Les garces.

En même temps, c’était peut-être leur conseil de classe hier, il en faut peu pour qu’un prof, aussi d’Italien soit-il, tombe soudain en disgrâce. C’est con, il aurait kiffé.

Par Le libraire en question
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Mardi 9 juin 2009

Y’a pas à tortiller, les vacances arrivent. Oui je sais, écrit comme ça sur un écran, ça rend la chose plus concrète, plus frappante plus ‘ah oui tiens j’ai hâte’. Les signes sont nombreux, à commencer par quelques jeunes clients qui viennent traîner par chez moi sous prétexte qu’ils ont pas trop envie d’aller en cours parce que bon, les profs ils font plus l’appel, on s’en fiche, on préfère aller faire du diabolo dans le parc (j’ai l’impression que l’activité diabolo a été un peu mise de côté ces dernières années, c’est triste je trouve une jeunesse qui ne sait plus s’amuser ni se couvrir de ridicule) ou venir feuilleter quelques Bds, de préférence érotiques, c’est le printemps après tout.

 

Le second signe, c’est que les éditeurs commencent à s’activer, car il faut penser aux gens qui veulent impulsivement acheter des Bds pour aller avec le râteau sur la plage (ils prévoient une édition spéciale Donjon de Naheulbeuk avec un drap de plage, d’ailleurs. Je préférais les tongs De Gaulle à la plage de l’année dernière, au moins la Bd est drôle). Et il faut surtout éviter de tout sortir en Septembre et Octobre, car là c’est l’artillerie lourde, y’aura pas de place pour tout le monde, et après c’est Noël, il fait froid et y’a de la neige partout.

 

Le troisième (et dernier pour le moment) signe c’est la recrudescence d’enterrements de vies de garçons et de jeunes filles qui ont lieu juste devant la librairie. Je ne vais encore pas marquer des points fun avec cette assertion, mais franchement, en voilà bien une tradition à la con. On vient vous chercher à pas d’heure, généralement encore à poil sous la couette, on vous peinturlure, on vous déguise (trop lol, tu vas porter un chapeau ET mettre une culotte de grand-mère par-dessus ton pantalon !) et on vous trimballe dans la ville, en hurlant si ce sont des filles et en beuglant comme des ânes si ce sont des mecs à la recherche d’épreuves à effectuer (il faut que tu sautes dans le lac, que tu te frottes contre une oie, et qu’après tu ailles nager avec les dauphins, pour voir s’ils t’acceptent, et nous on prend des photos et on les met en temps réel sur facebook). J’ai un ami, dont la femme lit ce blog d’ailleurs (coucou), qui a eu droit à cette joyeuse tradition, alors que lui tout ce qu’il voulait c’était se marier en paix, boire son café en riant, faire un bébé pour noël et couler des jours heureux et insouciants. Au lieu de ça, ses ‘amis’ ont eu la joyeuse et hilarante idée de le faire kidnapper par des inconnus armés et cagoulés qui n’ont pas dit un mot de tout le trajet en voiture entre Saint michel et les Champs élysées et qui l’ont déposé, complètement vert, sous les applaudissements quelque peu timides des invités qui trouvaient que quelque chose clochait. Autant dire que la soirée fut gâchée et qu’il n’avait pas vraiment à cœur de se déguiser en pikachu pour demander à un type de la sécurité du Disney Store s’il aurait pas des trombones. Je parie qu’il a à peine apprécié les strip-teaseuses/call girls qui ont clôturé la soirée (re-coucou), même si ça a dû lui redonner du baume au cœur, entre autres.

 

J’imagine que ça se voit que je suis pas marié (en effet). Oh c’est pas comme si on ne me l’avait jamais proposé, vous pensez bien, être mariée à un libraire, ça fait rêver, ça donne un certain cachet social, avec ça vous payez même pas la cotisation au Lions club. Bon par contre ça implique de passer le reste de sa vie avec moi, libraire ou non. Enfin c’est une chance sur deux que ça se termine en divorce, c’est maigre comme proba, ça demande réflexion. Toujours est-il que je n’ai rien contre le mariage, moi aussi j’aime les dragées (aux amandes, évidemment) et il me faut un nouveau micro-ondes. Mais si ça m’arrive, je ferai mon enterrement de vie de garçon tout seul, en tête à tête avec moi-même, je sortirai les cotillons, déguiserai ma loutre, jouerai aux lapins crétins (après tout ça revient un peu au même, et ça évite de devoir traire une vache en vrai), ferai un parcours d’obstacles dans mon salon et sauterai sur mon lit en écoutant Kriss Kross à fond, pour montrer que je suis vraiment foufou. Pour ce qui est des strip-teaseuses, faut que je regarde les pages jaunes, je sais pas trop comment ça marche. Finalement je suis peut-être tout simplement pas prêt…

 

L’œuvre de Dieu, La part du diable (Irving)

Par Le libraire en question
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